Allergies alimentaires: un geste simple pour sauver des vies

Allergies alimentaires: un geste simple pour sauver des vies
Lancée le dernier jeudi, une campagne de sensibilisation vise à mieux faire connaître l’utilisation du stylo-injecteur d’adrénaline, seul remède contre le choc anaphylactique.

Ils se nomment Dylan, Scott, Wood, Chandler ou Mathias. Ils ont entre 9 et 20 ans et souffrent d’allergies alimentaires. Ils ont un autre point commun: ils sont tous morts, ces derniers mois, d’un choc anaphylactique, déclenché par un allergène qu’ils ont ingéré ou avec lequel ils sont malencontreusement entrés en contact.

Le choc anaphylactique est une réaction brutale du système immunitaire qui survient entre cinq minutes et plusieurs heures après le contact avec un allergène. Selon le stade de gravité du choc, on peut observer une urticaire géante, un œdème, des troubles du rythme cardiaque et de la tension. La crise d’asthme suite à l’ingestion de l’aliment représente un signe d’extrême sévérité.

En France, le dernier décès lié à un choc anaphylactique dû à une allergie alimentaire remonte à novembre 2014. A Jujurieux, dans l’Ain, le petit Mathias, 9 ans, est mort après avoir pris un repas à la cantine de son école. Il était allergique à la protéine de lait. L’autopsie a confirmé que le décès du jeune garçon a fait suite «à un choc anaphylactique en relation avec une forme majeure d’allergie». Ces cas dramatiques restent limités en France. Le nombre de chocs anaphylactiques est, en revanche, en constante augmentation. Selon les chiffres du réseau d’allergovigilance, ils ont augmenté de 19% entre 2011 et 2013.

Cette menace qui plane en permanence au-dessus des 2,2 millions de Français qui souffrent d’allergiques alimentaires – 7 millions au niveau européen – n’a qu’un seul remède: l’adrénaline injectée par voie intramusculaire à l’aide d’un stylo auto-injecteur, délivrable sur ordonnance. L’adrénaline relance le cœur et enraye la chute de tension fatale. Un geste simple que la plupart des personnes concernées de près ou de loin par le problème des allergies connaissent encore trop mal.

Partant de ce constat, l’Afpral, l’association française pour la prévention des allergies, lance, à partir de ce jeudi, une vaste campagne de sensibilisation à destination des personnes allergiques mais aussi de leur famille et de leurs proches, des personnels médicaux (urgentistes, médecins scolaires), des enseignants, des personnels de cantine, des pompiers, etc. «Chacun doit être capable d’utiliser un stylo auto-injecteur, c’est très facile», explique Véronique Olivier, membre de l’association et maman d’un enfant allergique. «Un geste appris et effectué plusieurs fois durant un entraînement sera automatique en cas de besoin, alors que la situation crée énormément de stress», rappelle-t-elle.

Le cercle familial et les amis ne sont pas les seules cibles de la campagne de l’Afpral, qui édite, pour l’occasion un sité dédié. A la rentrée des classes de septembre 2015, l’association dotera 1.200 médecins scolaires d’une trousse d’entraînement à l’urgence afin qu’ils s’initient au maniement des stylos auto-injecteur et transmettent ce geste autour d’eux. Car «le problème est sous-estimé par le monde médical», estime le Dr Catherine Quéquet, allergologue, auteur du livre Combattre les allergies. Elle se souvient d’un patient «qui n’a même pas été traité par adrénaline aux urgences alors qu’il faisait un choc anaphylactique» et rappelle que «le pourcentage de chocs est largement sous-estimé».

Selon les études de l’Académie Européenne d’Allergie et d’Immunologie Clinique, cette réaction grave a lieu sept fois sur dix, à l’extérieur du domicile. L’école, et particulièrement la cantine, sont des lieux propices au déclenchement de chocs anaphylactiques. Le Dr Quéquet souhaiterait que le personnel de cantine, les enseignants ou les directeurs d’école soient mieux formés aux risques de l’anaphylaxie. «Face au choc, ils ne savent pas comment réagir et, pris par le stress, se trompent de priorités. Ils appellent les parents puis les secours alors que le choc nécessite d’injecter immédiatement l’adrénaline», déplore-t-elle tout en rappelant qu’«injecter de l’adrénaline n’est pas dangereux si l’on compare au risque vital lors d’un choc anaphylactique».

D’autant que ce geste «n’est pas considéré comme un acte médical depuis une décision du conseil de l’ordre des médecins en 2000», rappelle Véronique Olivier de l’Afpral. «L’adrénaline est une hormone naturellement produite par le cerveau. Une injection intramusculaire équivaut à une forte émotion», souligne-t-elle. L’administration d’adrénaline peut donc être pratiquée par toute personne lors d’une situation d’urgence allergique.

«Beaucoup de mythes perdurent»

Le Dr Catherine Quéquet va plus loin, en pointant les insuffisances des pouvoirs publics: «Les ministères de l’Education nationale et de la Santé ne prennent pas le problème à bras le corps.» «On fait des campagnes pour l’hypertension, le diabète mais pas pour le choc anaphylactique», constate le médecin, membre de la société française d’allergologie, qui rappelle, qu’en 2012, il avait fallu faire face à une rupture de stocks des stylos auto-injecteurs. La spécialiste évoque des pistes comme équiper les camions de pompiers en stylos d’adrénaline ou en proposer dans les lieux publics. «Il y a bien des défibrillateurs, pourquoi pas des stylos auto-injecteurs?», lance-t-elle.

Des initiatives de ce types apparaissent déjà au Québec, où environ 300.000 personnes vivent avec des allergies alimentaires, soit environ 4 % de la population d’âge adulte (3,5% en France). «On trouve maintenant des auto-injecteurs dans certains stades sportifs grâce à des partenariats avec les fabricants de stylos et dans plusieurs écoles. Certains restaurants gardent aussi des auto-injecteurs», explique Marie-Josée Bettez. Cette ancienne avocate, maman d’un adolescent allergique à plusieurs aliments, est à la tête d’une importante communauté dédiée aux allergies alimentaires sur le Web. La chaîne de restaurants québécoise «La Cage aux Sports» donne par exemple accès, depuis 2014, à des auto-injecteurs dans ses 51 établissements.

Marie-Josée Bettez se félicite que les Québécois soient, depuis quinze ans, mieux informés sur les allergies alimentaires et les risques qu’elles posent. «Il y a encore de la sensibilisation à faire», nuance-t-elle, «beaucoup de mythes perdurent comme “les enfants allergiques sont en fait des enfants capricieux”, “les allergies sont causées par le stress” ou encore “un petit peu de cet aliment, ça ne peut pas lui faire de mal!”.» Un constat que dresse également le Dr Quéquet: «En France, on entend encore trop de gens s’étonner qu’on prenne autant de précautions pour les enfants allergiques.»

Les parents de Chandler Swink, eux aussi, était habitués à entendre des plaintes de parents d’élèves qui s’étonnaient que des précautions soient prises spécialement pour leur fils ou qu’il ne prenne pas de cours à domicile à cause de ses allergies. Celui que ses camarades moquaient parfois en le nommant «la cacahuète» est malencontreusement entré en contact avec de l’arachide dans l’appartement d’un ami. Il est mort à 19 ans. Il voulait devenir médecin.

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