Arrêt cardiaque : une Appli pour géolocaliser les sauveteurs

Arrêt cardiaque : une Appli pour géolocaliser les sauveteurs

Stockholm, Suède – Des chercheurs suédois viennent de tester – avec succès – dans la ville de Stockholm, un système qui géolocalise des personnes formées à la réanimation cardio-pulmonaire. Cette application (App) montre que les téléphones portables pourraient– aussi – servir à sauver des vies.

Plus de RCP initiées quand les secouristes étaient géolocalisés et informés

Faire se rencontrer des personnes sur la base du volontariat, la proximité et d’un intérêt commun, de nombreuses applications le proposent déjà. Le système mis au point et testé par des chercheurs suédois repose sur le même principe mais avec un objectif moins trivial que d’habitude. Pour cette étude randomisée et en double aveugle, les investigateurs ont d’abord recruté, via une campagne d’information et les cours de secourisme, 5989 volontaires formés à la réanimation cardio-pulmonaire (RCP). Ensuite, entre avril 2012 et décembre 2013, les appels concernant des arrêts cardiaques extra-hospitaliers ont été centralisés et régulés de façon habituelle avec envoi des secours « classiques ». Mais, pour chacun de ces accidents cardiaques, le régulateur a, en plus, géolocalisé dans un rayon de 500 mètres par rapport à l’arrêt cardiaque, les secouristes qui s’étaient portés volontaires.

Les secouristes amateurs étaient répartis en 2 groupes : ceux du groupe « intervention » recevaient un appel téléphonique et un SMS généré par ordinateur les informant de l’accident et du lieu où il était survenu, tandis que les membres du groupe « contrôle » se contentaient d’être géolocalisés par le système mais ne recevaient aucun message d’alerte.

L’étude a rapporté 667 incidents ayant entrainé la mise en place du système testé. Parmi ceux-ci, 306 ont été attribués au groupe intervention et 361 au groupe contrôle. Le taux de RCP initié par un secouriste volontaire préalablement à l’arrivée des secours – à savoir le critère primaire de l’étude – a été significativement plus élevé dans le groupe intervention par rapport au groupe contrôle (61,6% vs 47,8%, respectivement, P<0,001).

Si l’on inclut dans l’analyse les secouristes formés à la RCP qui se sont fait aider par téléphone, le groupe intervention restait significativement au-dessus du groupe contrôle (p=0,01). Cependant, aucune différence n’a été observée entre les 2 groupes sur les critères cliniques, comme la survie à 30 jours, retour à une circulation spontanée, peut-être en raison d’un nombre trop faible d’incidents, suggèrent les auteurs.

Un essai sur l’arrêt cardiaque qui pourrait bénéficier à toutes les autres situations d’urgence

L’analyse dans le détail de l’étude a révélé, que dans 81% des cas (249 sur 306), au moins un volontaire se trouvait dans le rayon de 500 mètres autour de l’accident cardiaque. Sur 199 arrêts cardiaques (65%), au moins un secouriste amateur a essayé de se rendre sur le lieu de l’accident et dans 23% des cas (70 infarctus), un volontaire formé ou pas a rejoint le patient avant l’arrivée des premiers secours. Enfin dans 13% des situations, le ou les secouriste(s) volontaire(s) ont été les premiers a initié la RCP.

En dépit de certaines limites de l’étude – le délai d’arrivée des secouristes amateurs n’a pu être rapporté précisément, le système n’était pas utilisé la nuit, les traumatismes, noyades, suicides et enfants de moins de 8 ans étaient exclus –les investigateurs concluent que « ce système d’alerte via le portable pourrait être particulièrement intéressant dans les zones où les secouristes des services de police ou les pompiers sont en nombre insuffisant et où il y a peu de secouristes amateurs potentiels (formés ou non à la RCP). »

De plus, sachant que dans plus de deux tiers des cas de l’étude suédoise, les arrêts cardiaques ont eu lieu au domicile du patient, les chercheurs estiment que ce système pourrait être une bonne stratégie pour couvrir tous les accidents y compris ceux qui se déroulent au domicile.

Ce travail devrait très rapidement avoir des applications pratiques. Le cardiologue Jacob Hollenberg, cardiologue, chercheur au Karolinska Institute et l’un des instigateurs de l’étude, a annoncé le lancement imminent d’un nouveau service, fondé sur la technologie GPS, dans le but d’augmenter le nombre de vies sauvées à Stockholm [2].

L’application mobile, disponible sur iPhone et sur Android, permettra de mettre en relation des volontaires disponibles avec des défibrillateurs automatiques externes (DAE). « Nous pensons c’est un moyen très précieux d’apporter le défibrillateur si essentiel à l’endroit où il est nécessaire » a-t-il affirmé.

En France, ARLoD recence les défibrillateurs pour les SAMU
Pas de telles initiatives de France, si ce n’est celle d’ARLoD (Association pour le Recensement et la Localisation des Défibrillateurs), qui s’est donnée pour mission de recenser et de localiser les défibrillateurs à l’attention des SAMU et a fait un partenariat avec la Croix-Rouge dans ce sens. L’idée est de développer un fichier le plus complet possible des défibrillateurs mis à disposition du public, dans les départements et territoires français, par les collectivités locales, administrations, entreprises, particuliers…

Ce fichier géré par ARLoD est mis à la disposition des services d’urgence. Le médecin du SAMU peut alors, non seulement, conseiller le témoin sur les gestes d’urgence (massage cardiaque) à mettre en œuvre immédiatement en attendant les secours mais lui indiquer où se trouve le défibrillateur le plus proche, s’il peut le localiser, afin qu’un autre témoin aille le chercher. Ensuite, il prodiguera les conseils téléphoniques nécessaires pour une bonne utilisation du défibrillateur. « Malheureusement, faute d’information précise, le SAMU n’est pas souvent en mesure d’indiquer où se trouve le défibrillateur le plus proche » déplore ARLoD dans un communiqué [3]. Toute personne en charge de la gestion d’un ou plusieurs défibrillateurs qu’il souhaite référencer dans la base ARLoD peut le faire ici.

L’étude a été financée par la Swedish Heart-Lung Foundation et le Stockholm County. Hollenberg et ses co-auteurs n’ont pas déclaré de conflit d’intérêt.

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