Exercice antiterroriste. Toulouse se prépare à Euro 2016

Exercice antiterroriste. Toulouse se prépare à Euro 2016

Euro 2016 : Toulouse se prépare au pire

A deux mois du début de la compétition, les pouvoirs publics ont mené un exercice « grandeur nature » simulant des attentats simultanés dans plusieurs points de la ville : le Stadium, l’aéroport, la « fans zone ». Objectif  : tester les réflexes des forces de l’ordre, repérer les lieux, se préparer à gérer les mouvements de foule, recenser les capacités hospitalières, coordonner les différents services, etc.
Un scénario catastrophe
Imaginer l’inimaginable : c’est le but de ce type d’exercices antiterroristes, menés déjà dans plusieurs villes-hôtes de l’Euro 2016 comme Saint-Etienne ou Bordeaux.
Un scénario « fictif » qui ressemble tout de même beaucoup à ce qui s’est passé le 13 novembre à Paris et Saint-Denis ou le 22 mars à Bruxelles : des attaques coordonnées et simultanées dans différents points de la ville.
En l’occurence, les trois lieux qui ont été choisis par les forces de l’ordre à Toulouse sont stratégiques :
- l’aéroport Toulouse-Blagnac, en plus de son trafic habituel, sera l’un des principaux points d’entrée dans la ville des supporters des pays qui viendront disputer leurs matchs à Toulouse.
- le Stadium municipal sera le lieu des compétitions, sous les yeux du monde entier grâce aux retransmissions télé.
- la « fans zone », sera le lieu de convivialité de l’Euro 2016 à Toulouse avec la retransmission sur écran-géant des matchs.
En simulant des attaques dans ces trois lieux, la préfecture et les pouvoirs publics répètent leurs gammes et mesurent leur capacité de réaction en matière de sécurité de l’événement. En ouvrant une (petite) partie de cet exercice à la presse, l’Etat veut aussi montrer aux Toulousains, aux Français et aux supporters étrangers qu’il travaille à leur sécurité.
Des kamikazes dans la « fans zone »
Le scénario testé à Toulouse prévoyait un véritable « carnage » dans la fans zone, ce grand espace en centre-ville de Toulouse prévu pour accueillir 12 000 personnes pendant les matchs au Stadium. Au moins deux personnes auraient réussi à y pénétrer et à s’y faire exploser causant 30 à 50 victimes. Là, les policiers doivent avant tout sécuriser la zone avant de permettre aux secouristes de venir s’occuper des victimes. Dans les cris des figurants (des élèves policiers, des fonctionnaires ou des salariés d’Airbus, réquisitionnés pour l’occasion) et qui jouent parfaitement leurs rôles les policiers progressent pour tout vérifier, notamment le risque de sur-attentat. Les secours peuvent alors intervenir.  Les blessés sont ensuite évacués du site pendant que des policiers surveillent les corps des kamikazes (de vulgaires mannequins en plastique). Dans les locaux tout neuf du « Quai des Savoirs », un poste médical avancé tri les blessés. Les urgences absolues sont évacuées vers les différents CHU, les autres soignés sur place.
Fusillade et prise d’otages au Stadium
Le scénario d’attentats terroristes multi-sites prévoyait au même moment une attaque pendant le même match de l’Euro au Stadium. Plusieurs terroristes armés tirent dans la foule dans les tribunes et prennent huit otages. C’est l’unité d’élite de la police nationale, le RAID, qui est chargée d’intervenir. Là aussi, on dénombre entre 30 et 50 victimes parmi les 33 000 spectateurs.
Mais dans cette phase, pas question de faire des images. Le RAID ne travaille pas sous les objectifs. Tout juste, dans cette soirée d’exercice, a-t-on prévu d’offrir à la presse une petite séquence avec ces super-policiers surarmés et surentraînés. Une « extraction de personnalité » : au dernier moment, pas de cobaye pour jouer le rôle du ministre ou du dignitaire à évacuer. Une stagiaire de la préfecture fera l’affaire. Un officier du RAID vient gentiment répondre aux micros qui se tendent. Scène étrange où en plein exercice anti-terroriste un homme cagoulé donne aux journalistes ce qu’ils demandent : une interview sans détails, sans informations cruciales, mais avec le sourire, malgré la cagoule.  Le reste, l’opération de maîtrise des terroristes, d’exfiltration des otages et de secours aux victimes dans les tribunes du Stadium Municipal se fera hors du champ des caméras. On peut comprendre aisément pourquoi.
Une attaque à l’aéroport
Inaccessible également aux médias, l’opération menée à l’aéroport. Le scénario prévoyait en effet qu’après les attaques de la fans zone et du Stadium, un peu plus tard dans la soirée, une troisième vague terroriste s’abat sur l’aéroport de Toulouse-Blagnac. 
Plus tard dans la soirée, le préfet évoquera « le scénario d’une fusillade dans la foule ». La zone aéroportuaire est sensible. L’exercice n’est pas ouvert à la presse.
Prévenir, surveiller, intervenir, sécuriser
Depuis les attentats de Paris en 2015 et l’instauration de l’état d’urgence, le vocabulaire concernant l’Euro 2016 a changé : désormais, on ne parle plus d’une grande fête du football ; ce qui prime c’est la sécurité de l’événement et des centaines de milliers de personnes qui vont le fréquenter en France à partir du 10 juin.  « Nous avons eu raison de maintenir cette compétition en France après les attentats mais nous devons maximiser la sécurité » (Jean-Luc Moudenc, maire LR de Toulouse).Car au-delà de la sécurité, enjeu numéro un, il y a aussi une bonne affaire économique : on estime à 66 millions d’euros les retombées (hôtels, restaurants, commerces, etc) rien que pour Toulouse. L’exercice permet donc de coordonner le travail de ceux qui oeuvrent à la sécurité de tous mais aussi de rassurer les supporters ou touristes. « L’objectif est simple : 100 % de prévention mais cela ne veut pas dire risque zéro » (Pascal Mailhos, préfet de région)
Les 800 personnes mobilisées à Toulouse (une première pour un exercice inédit dans la ville rose) auront donc servi principalement à coordonner entre eux des services qui ne travaillent pas toujours ensemble. Un exercice d’une ampleur inédite à Toulouse. Quant au retour d’expérience, silence radio. Pas question de rendre public, sur ce sujet sensible, ce qui a dysfonctionné où demande d’être revu, renforcé. Tout juste apprendrons-nous que les pouvoirs publics travaillent à d’autres scénarios : attaques aériennes par des drones, attaques chimiques, sur-attentat. Jusqu’au dernier jour, tout sera évoqué.   
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