Les médecins humanitaires face à l’état d’urgence

Les médecins humanitaires face à l’état d’urgence

Comment les associations et les médecins humanitaires, qui ont vocation à intervenir sur les théâtres de guerre, abordent-ils l’état d’urgence en France ?

L’édition européenne du magazine « Time » se fait l’écho d’un appel aux dons lancé par MSF pour intervenir en France après les attentats. Info Sport (chaîne du groupe Canal) annonce de son côté que les bénéfices de la prochaine rencontre de Wembley seront reversés à MSF ainsi qu’à la Croix-Rouge Française. « Mais non, dément la communication de l’association Prix Nobel de la Paix, nous ne surfons pas là-dessus ; les attentats de vendredi ont entraîné le déploiement des services de l’État, sans qu’il y ait besoin de faire appel aux ONG. » Au demeurant, s’interroge Rony Brauman, ex-président de MSF, « sommes-nous bien entrés dans une « ère de la guerre », comme l’assurent médias et politiques ? Il faut se garder de l’inflation verbale. Les tragédies de vendredi ont été perpétrées avec des armes de guerre de gros calibre, qui ont nécessité des interventions relevant de la chirurgie de guerre, mais la France ne saurait être considérée comme un pays en état guerre, tels la Syrie ou l’Irak, où les morts sont comptabilisés par dizaines de milliers. »

À la Croix-Rouge française aussi, on évite d’évoquer une situation de guerre en France. « Nous sommes intervenus vendredi soir en activant le dispositif ARAMIS (plan d’action régionale pour accidents multi-sites), avec 300 secouristes bénévoles, mais c’était en appui et sous la direction des pouvoirs publics, insiste-t-on au siège de la CRF. De même, nous avons participé au soutien psychologique, à l’Hôtel-Dieu, à la mairie du XIème et à l’École militaire, mais en restant intégrés aux moyens de l’État. La CRF n’intervient jamais en direct dans les situations de guerre, pour lesquelles c’est le CICR (Comité international) qui est l’acteur compétent. »

Expertise humanitaire de la chirurgie de guerre

Même circonspection à Médecins du Monde : « Nous ne nous prononcerons pas sur la question de savoir si la France connaît une situation de guerre à l’intérieur de ses frontières, déclare le Dr Jean-François Corty, directeur de la Mission France de MdM, lui-même vétéran de missions humanitaires sur divers théâtres de guerre. Qu’il y ait une expertise des traumatismes et de la chirurgie de guerre propre aux ONG et qu’elle ait pu être mise à profit dans la prise en charge des victimes de vendredi, c’est probable. Il est également vraisemblable que des médecins humanitaires aient pu rejoindre spontanément les services d’urgence pour aider aux soins dans les hôpitaux. Pour autant, il faut rappeler que les associations humanitaires ne s’engagent en tant que telles que lorsque les États n’ont pas la capacité de faire face aux urgences. Tel n’est pas le cas en France, où les services hospitaliers disposent de ressources suffisantes. »

La mobilisation des humanitaires s’impose en revanche face aux effets collatéraux des guerres en Irak et en Syrie, avec les arrivées massives de migrants, en particulier dans le secteur de Calais. Depuis des années, les équipes de la Mission France de MdM s’y sont investies pour fournir les moyens sanitaires et médicaux que les pouvoirs publics ne dégagent pas sur le terrain. « MSF a rejoint il y a plusieurs semaines les équipes de Médecins du Monde, rappelle Rony Brauman, pour apporter son expertise dans les camps de réfugiés. Dans ces camps en effet, se concentrent des populations de réfugiés de guerre pour lesquels la France ne met toujours pas les moyens humanitaires nécessaires. »

La nouvelle bataille de Solférino : « Là où prolifèrent les pépinières de fondamentalistes »

« Cette mobilisation, observe le Pr Marc Gentilini, ex-président de la CRF, justifie a posteriori les engagements que nous avions pris à Sangatte. Une autre mobilisation humanitaire reste aujourd’hui tout aussi urgente : dans les banlieues où profilèrent les pépinières de fondamentalistes. C’est là, avec le travail des modérateurs urbains dans les quartiers en difficulté, que se livre la nouvelle bataille de Solférino [bataille sanglante en 1858 à l’issue de laquelle fut créée la Croix-Rouge, NDLR]. C’est là que se gagnera la paix. »

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