Attaques d’Ankara

Attaques d’Ankara

Attaques d’Ankara : l’opposition intensifie ses critiques contre le président Erdogan.

En Turquie, le ressentiment de l’opposition grandit à l’égard du président Erdogan, accusé de n’avoir délibérément pas assuré la sécurité de la manifestation visée par l’attentat de samedi. Selon les médias, la piste jihadiste est privilégiée.

Après l’attentat d’Ankara, l’heure est au deuil et à l’accusation en Turquie. Dimanche, les premiers morts étaient enterrés alors que le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu décrétait le deuil national. Au moins 97 personnes ont été tuées samedi et plus de 500 blessés, d’après le bilan publié dimanche soir par les services du Premier ministre. Le Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, évoque lui, un bilan de 128 morts.

Alors que les investigations se concentrent sur la piste jihadiste, l’opposition prokurde intensifie ses attaques contre le président Recep Tayyip Erdogan, qu’elle accuse d’être responsable de l’attentat. « L’État a attaqué le peuple. Les condoléances devraient aller au peuple et non à Erdogan », a lancé dimanche sur Twitter Selahattin Demirtas, chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde).

À l’appel des mouvements qui avaient convoqué la « marche pour la paix » frappée samedi par l’attentat, plus de 10 000 manifestants se sont rassemblés dimanche sur une place d’Ankara proche du site de l’attentat. La foule a largement conspué le président Erdogan et son gouvernement, accusés de ne pas avoir, délibérément, assuré la sécurité du rassemblement de samedi.

Le pouvoir et le HDP à couteaux tirés

Deux puissantes explosions, attribuées par le gouvernement à des kamikazes, ont frappé samedi matin près de la gare centrale d’Ankara la manifestation de partis, syndicats et ONG proches de la cause kurde qui dénonçaient la reprise des affrontements entre les forces de sécurité et la rébellion kurde.

Depuis plusieurs semaines la tension est très vive entre le pouvoir et le HDP, exacerbée par les échéances électorales et les violences dans le Sud-Est à majorité kurde du pays. Dans la perspective des législatives anticipées du 1er novembre, Recep Tayyip Erdogan dénonce avec virulence le parti prokurde, accusé de « complicité » avec les « terroristes » du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Dimanche encore, la presse qui lui est favorable a mis en cause les rebelles dans l’attentat d’Ankara.

L’opposition, elle, accuse M. Erdogan de mettre de l’huile sur le feu du conflit kurde, avec l’espoir d’attirer à lui l’électorat nationaliste. Le 7 juin, le parti de l’homme fort de la Turquie a perdu la majorité absolue qu’il détenait depuis 13 ans, notamment en raison du bon score réalisé par le HDP. Il espère inverser ces résultats le 1er novembre.

La piste jihadiste au cœur de l’enquête

Samedi, Ahmet Davutoglu a pointé du doigt trois mouvements susceptibles d’être à l’origine de l’attentat: les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le groupe État islamique (EI) et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) d’extrême gauche. Le gouvernement est resté très discret dimanche et n’a fait aucun commentaire officiel sur l’avancée de l’enquête.

La chaîne d’information NTV a affirmé que les investigations se concentraient sur la piste jihadiste. Selon les quotidiens Hürriyet et Habertürk, un des deux kamikazes de samedi pourrait être le frère de celui qui a perpétré l’attentat de Suruç en juillet dernier. Dimanche, la police turque a interpellé 43 membres présumés du groupe EI dans plusieurs villes du pays, selon l’agence de presse Dogan.

Cette escalade de la violence a fait voler en éclats les discussions de paix engagées par Ankara avec les rebelles pour tenter de mettre un terme au conflit kurde, qui a fait quelque 40000 morts depuis 1984. Le PKK a toutefois annoncé samedi, quelques heures après l’attentat d’Ankara, la suspension de ses opérations avant les élections. Malgré cette trêve, l’armée turque a annoncé avoir bombardé, samedi et dimanche, des cibles du PKK et « neutralisé » 14 « terroristes ».

Lire l’article

About The Author

Related posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*