De garde 24/7: Télé-Québec en direct de l’urgence

De garde 24/7: Télé-Québec en direct de l’urgence

De garde 24/7 : la nouvelle série documentaire en direct de l’urgence.

Au terme d’une année où les médecins ont été doublement écorchés par les déclarations du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et ses projets de loi controversés, la nouvelle série documentaire De garde 24/7 prend le pouls d’une profession en quête de reconnaissance.
La caméra ne fait pas de cachettes. Gros plan sur un utérus tout juste extirpé d’une patiente, fracture ouverte à la cheville, scalpels courant sur les chairs, complications captées sur le vif… Si la nouvelle série documentaire De garde 24/7, lancée  sur les ondes de Télé-Québec, ne fait pas dans la dentelle, elle arrive à point nommé, après des mois de frictions qui ont ébranlé la perception du public quant au corps médical.

Pourtant, la genèse de cette incursion en douze épisodes dans l’arène de l’urgence est née bien avant les tensions survenues entre le Dr Barrette et ses ex-collègues en sarrau. « Le projet est né il y a plusieurs années, a été développé avec Avanti Ciné Vidéo, puis présenté il y a deux ans à Télé-Québec. D’autres l’ont refusé. C’est une démarche complètement indépendante, qui n’est ni une enquête sur le système de santé ni une opération de relations publiques. Les médecins ne sont pas entrés dans ce projet avec la langue de bois », insiste François Méthé, documentariste et réalisateur de la série, rompu au genre « docuréalité. »

Après avoir approché plusieurs hôpitaux, il a obtenu le feu vert de l’Hôpital Charles-Lemoyne, qui, affirme le Dr Jacques-Philippe Faucher, responsable de l’enseignement et de l’encadrement du projet, a « donné carte blanche » à l’équipe de tournage, dans la mesure où les patients ou leurs proches consentaient à ce que leurs tribulations à l’urgence soient épiées par la caméra. « Si un patient devenait inconfortable, ça s’arrêtait là. Nous avons révisé tous les épisodes lors du montage, mais rien n’a été changé à part quelques détails », dit-il.

« On ne leur demandait pas d’être télégéniques, on leur demandait juste d’être capables de vivre avec les caméras, d’être vrais et, surtout, de nous oublier ! ajoute François Méthé. Le but n’a jamais été de faire le procès d’un système. Nous n’avions pas de textes, nous ne sommes pas des acteurs », affirme le Dr Germain Poirier, médecin intensiviste qui participe à la série.

Au coeur de l’action

Les plongeons de la caméra au coeur de la douleur, de la détresse et de la vérité crue de la salle d’opération, surprenants à cette heure de grande écoute (19 h 30, le lundi), témoignent de la très grande latitude dont a joui le réalisateur.

Dans le premier épisode (diffusé lundi dernier, à revoir sur la zone vidéo de TQ), on suit la Dre Christine Alexander, tout juste reçue en obstétrique-gynécologie, qu’on voit interrompre une hystérectomie en salle d’urgence pour négocier avec des nerfs d’acier un accouchement difficile déboulant sur une détresse foetale, puis une césarienne d’urgence. Course dans les corridors, forceps, sprint vers la salle d’op, plan prolongé sur l’incision dans l’abdomen de la patiente pour en sortir un nouveau-né atone… qui tarde à respirer. Lors de quelques scènes, les téléspectateurs devront avoir le coeur bien accroché.

Idem quand le Dr Karl Fournier, chirurgien orthopédiste, insère sa perceuse dans le bras d’une fillette pour rafistoler une articulation, ou sectionne de son scalpel la tumeur au cou d’un patient cancéreux pour éviter une paralysie par compression de la moelle épinière. Plan par plan, le public vit par procuration les complications imprévues qui sont le lot des médecins de garde. « Ça va mal, ça va mal », confiera-t-il, se débattant avec des saignements incontrôlables. Après neuf heures d’intervention, le patient aura perdu près de six fois son volume sanguin (des bidons se remplissent devant la caméra), un cauchemar interrompu in extremis par l’intervention d’un spécialiste.

Même si le petit écran québécois a connu son lot de « med dramas », du Dr Marcus Welby, à Grey’s Anatomy et Trauma, la télé québécoise en est à ses premiers pas dans le genre, hormis la série documentaire Soins intensifs, produite par Claire Lamarche.

Version « adoucie »

Le réalisateur, lui, dit au contraire avoir « adouci » sa première version de la série, pour éviter la surdose d’hémoglobine à l’heure du souper. Après 400 heures de tournage échelonnées sur quatre mois, six heures ont été retenues pour concocter douze épisodes d’une demi-heure. « On ne savait pas quand l’histoire d’un patient allait devenir intéressante ou pas. Mais on n’est pas juste dans l’adrénaline et le spectaculaire. Mon but, c’était de raconter des histoires humaines », dit-il. De façon surprenante, 95 % des patients ont consenti à être filmés, pendant ou après leur admission à l’urgence. Même quand l’objectif se détournait par respect, certains, comme une dame atteinte d’un cancer en phase terminale, ont insisté pour que la caméra continue à rouler. « Malgré son état, elle insistait. Elle voulait juste dire qu’elle existait », pense François Méthé.

Chez les médecins, les masques, eux aussi, finissent par tomber, laissant voir des êtres rongés par l’incertitude d’un diagnostic, le stress de l’inconnu ou les complications potentiellement mortelles pour leurs patients. « Parfois, je dis à ma femme “j’arrête”. Les complications, je déteste ça, ça m’obsède tant que ce n’est pas réglé. J’envie ceux qui sont capables de se détacher », confie le gastro-entérologue, Dr Mickaël Bensoussan. Puis, l’embellie plane sur les visages quand l’angoisse fait place à la guérison et au sourire du malade apaisé. Et la médecine redevient le plus beau métier du monde, au carrefour d’histoires de coeur, de chair et d’os.

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