DSQ: les laborieux rails de l’informatisation médicale

DSQ: les laborieux rails de l’informatisation médicale

Depuis presque 10 ans, le gouvernement du Québec a amorcé un chantier d’informatisation médicale, connu sous le nom de Dossier Santé Québec (DSQ). Le projet se déploie trop lentement aux dires du ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette qui pointe le manque d’adhésion des médecins pour expliquer ce retard.

Qu’est-ce que le DSQ?

Pour bien comprendre le DSQ, il ne faut pas le confondre avec le dossier clinique informatisé (DCI), ni le dossier médical électronique (DME) ou encore le dossier patient électronique (DPE). Beaucoup d’acronymes qui renferment des réalités différentes. « La plateforme centrale d’informatisée du DSQ est connexe aux besoins en informatisation qui peuvent exister au sein des établissements de santé pour remplacer le papier par la numérisation », explique Marie-Claude Lacasse du service des communications du MSSS. Le DSQ constitue donc un vaste répertoire de tous les résultats de laboratoires, d’imagerie médicale, médicaments prescrits et informations liées aux antécédents du patient accessibles par les médecins et différents professionnels de la santé, tel le pharmacien de quartier.

Pour Marcel Guilbault de l’Association des médecins omnipraticiens de l’ouest du Québec, il faut plutôt regarder du côté des pharmaciens et des laboratoires. « Certains traînent encore à se connecter. Pourtant, l’opportunité est là. La majorité des groupes de médecins de famille et ceux en première ligne seront bientôt tous branchés. »

Les pharmaciens, on s’en doute, ne sont pas de cet avis. « Il n’y a pas encore beaucoup de cabinets de médecins branchés et les résultats de laboratoires ne sont pas partout accessibles », explique Vincent Forcier, directeur des affaires publiques de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

Pour bien fonctionner, ce grand réseau électronique d’échanges d’informations médicales doit câbler les laboratoires aux médecins, les médecins aux pharmaciens, les pharmaciens aux centres de soins, à la grandeur du Québec.

Un exercice qui prend l’allure, au fil des ans, des 12 travaux d’Hercule. « C’est le plus grand projet informatique du gouvernement québécois. Un projet très volumineux qui rassemble des dizaines de professionnels et des centaines d’institutions », précise Marie-Claude Lacasse du service des communications du Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

La relationniste se veut toutefois rassurante et annonce que d’ici la fin 2015, les trois domaines du DSQ — médicament, laboratoire et imagerie médicale — seront déployés dans l’ensemble des régions du Québec.

Pour l’instant, on n’y est pas encore. « La situation actuelle n’est pas comparable avec celle de l’Ontario où je reçois dès le lendemain les résultats d’analyse de mes patients. Sur les six radiologies effectuées sur mes patients québécois, je n’en avais qu’une disponible hier », mentionne M. Guilbaut.

Des coûts et des longueurs

Le petit train qu’emprunte le DSQ pour parfaire son parcours résulte de sa grande ampleur – on parle de 95 000 utilisateurs potentiels —, mais aussi des quelques ratés rencontrés en cours de route.

Pointé souvent du doigt, le budget gonfle depuis des années. Fixé initialement à 563 millions $, un rapport du vérificateur général relevait que 55 % du budget — 308 millions $ — avait déjà été dépensé à la fin de l’année 2010 alors que les retards s’accumulent dans les dossiers.

« Le budget global en informatisation de la santé est de 1,6 milliard englobant l’ensemble des dossiers médicaux et tous les travaux de remplacement papier des établissements publics », tempère Marie-Claude Lacasse. Le budget définitif du DSQ — assez flou et non communiqué par le ministère — sera à évaluer lorsque tous les rails auront été raccordés, souligne-t-elle.

Autre problème : le manque d’harmonisation. L’arrimage entre les différents systèmes informatiques soutenant les échanges de données médicales a lui aussi subi des ratés. « En Outaouais, l’harmonisation se passe bien, mais dans les grandes régions, comme à Montréal, c’est plus difficile », souligne M. Guilbault. « Il y a différents logiciels mis en place au sein des établissements de santé québécois et le défi est de rendre la technologie compatible », renchérit Caroline Langis, coordonnatrice aux communications du Collège des médecins du Québec.

Sur l’île de Montréal, de nombreux professionnels de la santé souhaitent aussi que tous les systèmes actuellement en place puissent être intégrés dans une même plateforme et que les dispositifs d’accès au DSQ soient améliorés. Pourtant, rappelle Catherine Dion, agente d’information au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, la cible était de 9120 utilisateurs pour la région de Montréal est déjà atteinte et dépassée.

De bons pilotes

L’Estrie — l’une des quatre régions pilotes pour l’implantation du DSQ — n’a pas attendu le coup d’envoi du gouvernement pour accélérer la circulation électronique des informations médicales au sein de ses établissements de santé. « Il y a 25 ans, nous avons décidé de nous passer du papier et nous avons mis en place notre propre dossier clinique informatisé – le Dossier clinique informatisé — Continuum Ariane Estrie — qui s’arrime au gros entrepôt de donnés du gouvernement, le DSQ », précise Micheline Savoie, directrice des ressources informationnelles et technologiques au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) et à l’Agence de santé et de services sociaux de l’Estrie.

Du côté de Lanaudière, autre région pilote, même son de cloche. Avec un taux d’informatisation de 90 % de ses cliniques, cette région a amorcé le virage dès 2008. La clé de la réussite reposerait dans le « guidage » personnalisé des professionnels lors de l’implantation, mais aussi du système intégré de distribution des résultats (SIDER) qui fait le pont entre le dossier médical électronique et le DSQ. Ici, plus de transcription manuelle, ni de transmission par fax. « Le SIDER “pousse” les résultats du laboratoire à la clinique. Le médecin n’a pas de manipulations à faire. Même ceux qui étaient réticents au DSQ ne veulent plus revenir en arrière lorsqu’ils l’utilisent », assure Daniel Sirois, directeur intérimaire de la direction des ressources informationnelles Lanaudière-Laurentides-Laval.

Des informations confidentielles

Alors que l’actualité récente reposait la question de l’importance de la confidentialité – peut-on utiliser son accès privilégié (contenu sur une clé USB) pour consulter ou accélérer le traitement d’un dossier médical? –, la Loi 59 encadre l’échange d’informations au sein du DSQ.

« L’accès est restreint et sécuritaire, mais un patient peut toujours s’opposer à la communication de ses données entre les professionnels », rappelle M. Sirois. Un refus qui frôlerait en moyenne les 0,5 % de la population (la majorité des citoyens ont été automatiquement inscrits s’ils n’ont pas manifesté leur opposition, par téléphone ou par écrit, après l’annonce de l’implantation du DSQ dans leur région.)

L’informatisation des données de santé ne présente donc pas de barrières du côté de la population qui peine toutefois à suivre les méandres de l’implantation de ce dossier. Alors que le DSQ devrait bientôt s’attaquer à trois autres domaines – le registre de vaccinations, celui des allergies et le sommaire des hospitalisations –, la ligne d’arrivée serait proche.

Lire l’article

About The Author

Related posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*