En question l’intervention des secours aux attentats du 13 novembre

En question l’intervention des secours aux attentats du 13 novembre

Attentats : l’intervention des secours en question

La commission d’enquête sur les moyens de l’État contre le terrorisme a auditionné, la dernière semaine mercredi 16 mars, les responsables du Samu et des pompiers de Paris pour connaître les conditions de leurs interventions au soir du 13 novembre.

« La question clé, c’est combien de personnes auraient pu être sauvées si les secours étaient arrivés plus tôt ? » Tout au long de l’audition du général Philippe Boutinaud, commandant la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), et de Pierre Carli, directeur médical du Samu de Paris, le député LR Pierre Lellouche est revenu à cette question.

« Tout le monde vous est reconnaissant pour le travail que vous avez effectué », a-t-il repris un peu plus tard devant la commission d’enquête de lutte contre le terrorisme, mercredi 16 novembre. Mais l’enjeu « c’est de savoir comment, sur le plan opérationnel, faire en sorte que le minimum de gens meurent dans une affaire de ce genre, car nous en aurons d’autres. Quand j’ai entendu qu’il y avait eu 2 heures 40 entre le début de l’attaque (au Bataclan) et l’intervention des forces de sécurité, je me suis dit :’combien de gens sont morts ? Cette question me taraude. »

Entre 3 et 12 minutes pour arriver sur place

Des bribes de réponses ont été apportées à cette question qui fait écho aux nombreux témoignages de blessés déplorant l’arrivée tardive des secouristes. Lors d’auditions précédentes, certaines victimes ont en effet estimé qu’il s’était écoulé une demi-heure entre les tirs des terroristes et l’arrivée des premiers secours. D’autres ont dénoncé l’arrivée de pompiers jeunes et très peu équipés, donc incapables d’aider réellement.

Selon le général Boutinaud, 500 pompiers sont intervenus ce soir-là. 125 engins ont été déployés, dont deux ont subi des tirs de kalachnikov. Entre 21 h 20 et 22 h 15, les pompiers sont passés de sept ambulances de réanimation, sorte de « mini-hôpitaux sur quatre roues » avec, à bord, un médecin, un infirmier et un conducteur, à 21 véhicules de ce type.

Surtout, les pompiers sont arrivés sur tous les lieux de fusillades entre 3 et 12 minutes après les premiers appels, a assuré le général. Or, en France, les secours sont tenus d’arriver dans la demi-heure. « On aurait difficilement pu faire mieux », a-t-il estimé.

Un mort sur deux dans les 5 minutes

Citant des statistiques militaires, le professeur Jean-Pierre Tourtier, médecin-chef de la BSPP, a par ailleurs expliqué qu’un blessé par arme de guerre sur deux meurt dans les 5 minutes suivant les blessures. Puis les trois quarts des morts surviennent dans les 30 premières minutes. Le 13 novembre, la plupart des personnes décédées avaient reçu plusieurs balles, a aussi précisé, plus tard, le directeur de l’institut médico-légal.

« Il y a un concept fort en médecine militaire qui est celui de mort évitable, a néanmoins poursuivi le professeur Tourtier. En arrêtant les hémorragies, 90 % des morts sont évitables. » Ces chiffres montrent que la formation des citoyens aux premiers secours, et notamment à la technique du garrot, est primordiale.

Le général Boutinaud a aussi rappelé que depuis mi-janvier, 12 casernes proposent des formations accélérées en deux heures. Elles rencontrent un grand succès.

Équipements renforcés

Les pompiers n’ont cependant pas nié quelques difficultés, notamment pour accéder en toute sécurité aux sites. Les commissariats de quartier étant responsables de sécuriser les lieux avant l’arrivée des secours, le fait que les attaques se soient produites à Paris dans un périmètre très restreint a compliqué la tâche.

Les militaires ont aussi manqué de brancards, se servant de barrières de foule afin de transporter les blessés, « ce qui a pu choquer », a reconnu le général Boutinaud, mais la priorité était de garder les victimes à l’horizontale.

Il a par ailleurs assuré que, depuis le 13 novembre, les équipements en brancards avaient été renforcés et que tous les camions disposaient désormais de trousses contenant des pansements hémostatiques et des garrots tourniquets.

Des équipes préparées

Du côté du Samu, le professeur Carli a lui aussi défendu l’intervention de ses équipes. Celles-ci étaient particulièrement préparées, a-t-il insisté, refaisant l’historique de la réflexion du Samu sur ces opérations depuis les attentats de Madrid, Londres et Bombay. Il a rappelé que le Samu avait fait un exercice le matin du 13 novembre avec, pour scénario, une attaque « sur 13 sites faisant 66 morts et beaucoup de blessés ». « Beaucoup jugeaient alors que c’était exagéré », a-t-il remarqué.

Répondant aux critiques des victimes, dont certaines estiment avoir été transférées trop tard vers les hôpitaux, il a défendu la stratégie française de médicalisation et de stabilisation des victimes sur place contre celle, anglo-saxonne, qui consiste au contraire à envoyer au plus vite les blessés à l’hôpital. Il a notamment souligné qu’une évacuation plus rapide n’aurait de toute façon pas été possible, étant donné la difficulté à sécuriser les petites rues dans lesquelles les attentats ont été commis. « Le problème d’accessibilité aux victimes n’a joué que pour le Bataclan », a-t-il aussi affirmé.

1,4 % des victimes hospitalisées sont décédées

Rappelant que 70 % des personnels du Samu étaient revenus travailler, il a aussi estimé que le faible taux de décès des victimes à l’hôpital (1,4 %) montrait la qualité de la prise en charge.

Il a enfin défendu le travail des médecins régulateurs du Samu, qui ont assuré une « répartition homogène des victimes » et permis « l’absence d’afflux saturant » dans les hôpitaux. « Il n’y a pas eu de transferts hospitaliers », a-t-il aussi précisé comme critère de la bonne organisation du Samu.

Lire l’article

About The Author

Related posts

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*