Éthique médicale: problèmes difficiles à trancher

Éthique médicale: problèmes difficiles à trancher

De la sédation profonde à l’euthanasie passive, en passant par l’annonce d’un diagnostic dramatique, le corps médical est soumis à bien des questions.

Les sujets de bioéthique sont plus que jamais au cœur de l’actualité. Le procès de Nicolas Bonnemaison en appel à la cour d’assises d’Angers a débuté. L’ancien responsable de l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD, rattaché aux urgences) du CH de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) est accusé d’avoir empoisonné sept patients en fin de vie entre mars 2010 et juillet 2011. Quant au sort de Vincent Lambert, en état végétatif depuis 2008, il divise toujours autant ses proches. C’est dans ce contexte que le Pr Laurent Degos tente de répondre à 25 questions de bioéthique*. Ce spécialiste des maladies du sang, qui a mis en place la Haute Autorité de santé et l’a dirigée pendant cinq ans, est désormais très impliqué dans les sujets liant la science et la société. En voici quelques exemples.

Le suicide assisté ou le paradoxe des soignants

« Tu ne tueras point » est, évidemment, un principe fondamental de la médecine. Alors, a-t-on le droit de s’approprier la vie et la mort d’autrui au moment où il est le plus fragile et vulnérable ? s’interroge le spécialiste. Peut-on donner la mort par compassion ? L’enjeu est, selon lui, de trouver une réelle définition pour la souffrance « insupportable ». Le problème est délicat car il ne faut pas que le malade hésite à exprimer sa souffrance de peur d’une interprétation intempestive. Mais, à l’opposé, un médecin ne peut pas laisser souffrir une personne en fin de vie qui demande à partir.

La sédation profonde : euthanasie passive ou soulagement du patient ?

L’euthanasie active consiste à injecter un produit qui conduit à la mort immédiate alors que l’euthanasie passive – admise par la loi française – est destinée à combattre toute douleur intolérable, même si le traitement risque d’abréger la vie. La loi Leonetti écarte tout autant l’euthanasie active que l’ « obstination déraisonnable », qui maintient le patient de façon excessivement artificielle, rappelle le Pr Degos. Devant une fin de vie proche liée à une maladie irrémédiable, elle prévoit d’arrêter tout traitement ainsi que l’alimentation artificielle et les perfusions. Si certains considèrent cette mort comme naturelle, sereine et digne, d’autres la trouvent inacceptable.

La vérité doit-elle toujours être dite ?

L’annonce d’un diagnostic engageant la vie du malade, en raison d’une maladie chronique voire d’un risque de mort imminente, est toujours une épreuve pour un médecin. Doit-il le faire progressivement, en plusieurs fois, ou d’un seul coup ? Doit-il attendre le moment propice ou ne pas retarder l’explication en raison de l’urgence d’instaurer un traitement ? Pour Laurent Degos, tout est affaire de contexte. L’attitude dépend de l’expérience du médecin, de sa relation avec le patient, du jugement de la situation, de la mise en confiance. Pour lui, c’est la rechute d’une maladie grave qui est la plus pénible à révéler.

« Le progrès médical repousse les limites du possible, interrogeant la société sur ce qui est permis et ce qui est interdit », conclut l’auteur. « Dans le cas de la biologie, on touche à l’essence même de l’homme et la question est de savoir jusqu’où on peut aller. » C’est pourquoi les limites de la science doivent être fixées par une réflexion éthique permanente et évolutive.

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