Hépatite B, une urgence silencieuse au Sénégal

Hépatite B, une urgence silencieuse au Sénégal

(Photo: Sean Kimmons/IRIN)

DAKAR – Au Sénégal, plus de deux millions de personnes, soit environ 15 pour cent de la population, y compris 350 000 porteurs chroniques, sont touchées par l’hépatite B, parce qu’elles n’ont pas été vaccinées à temps, que les traitements sont trop chers et qu’il n’y a pas de dépistage systématique pour pouvoir enrayer la transmission du virus.

« C’est vraiment un problème de santé publique urgent », a déclaré Mamadou Mourtalla Ka, doyen de la Faculté de médecine de Thiès au Sénégal et chercheur dans le domaine des hépatites virales et du cancer du foie. « L’hépatite B est bien plus répandue que l’on ne le croit. Elle est à l’origine de nombreuses maladies et de nombreux décès chaque année, dans le pays. »

L’hépatite B (VHB), qui peut entraîner le développement d’une cirrhose ou d’un cancer du foie, touche 350 millions de personnes dans le monde, d’après les estimations. C’est l’une des infections virales les plus graves et les plus répandues. Selon l’Alliance mondiale contre l’hépatite, bien qu’elle touche plus de personnes que le VIH/SIDA et la tuberculose, la lutte contre le VHB est reléguée au second plan dans beaucoup de pays. La prévalence est particulièrement élevée en Afrique de l’Ouest, où 10 à 15 pour cent de la population serait infectée par le virus.

Malgré l’existence d’un vaccin bon marché, sûr et efficace, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle que l’hépatite B cause près de 600 000 décès par an. Le VHB est à l’origine d’environ 80 pour cent de toutes les formes de cancer du foie. Au Sénégal, le cancer du foie est la première cause de mortalité par cancer chez les hommes et la troisième chez les femmes, mais les autorités sanitaires ne disposent pas de chiffres précis.

L’Association Saafara Hépatites – Sénégal a pour but de sensibiliser la population au problème et d’apporter un soutien aux patients. Ibrahima Gueye, son fondateur et président, a déclaré que les gens atteints d’hépatite chronique étaient confrontés à de nombreuses difficultés, notamment l’absence de traitements abordables.

« Il est très difficile de lutter contre l’hépatite B dans le pays », a-t-il dit. « Si vous voulez arrêter l’évolution du virus vers la cirrhose ou le cancer du foie, vous devez suivre un traitement. Or, les médicaments sont très chers. »

Au Sénégal, un an de médicaments antirétroviraux contre le VHB coûte environ 4 000 dollars, ce qui est trop cher pour beaucoup de personnes, dans un pays où plus de la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour. La marque générique, qui coûte moins de 100 dollars par an, n’est pas encore distribuée au Sénégal et le gouvernement ne subventionne pas le coût du traitement.

« Lorsque le pharmacien m’a remis la facture la première fois, j’ai cru qu’il s’était trompé. Comment voulez-vous que les gens de ce pays puissent payer autant ? C’est tout simplement impossible », a déclaré M. Gueye, qui a été diagnostiqué en 2010 et souffre d’une hépatite B chronique.

M. Gueye affirme que, comme beaucoup de Sénégalais atteints d’hépatite B chronique, il doit faire des sacrifices énormes pour pouvoir payer son traitement. Il a été obligé de contracter une multitude d’emprunts et de vendre sa voiture. Trop malade pour continuer à travailler, il est tombé dans un cycle d’endettement et est dans l’incapacité de rembourser ses dettes. Il n’a désormais plus de salaire et ne peut donc plus payer les soins.

Traitement gratuit seulement pour les patients atteints du VIH

Il n’existe pas de remède pour l’hépatite B, mais les symptômes et la progression du virus peuvent être maîtrisés grâce à un traitement approprié, d’après les médecins. Au Sénégal, si les patients souffrant d’hépatite B chronique sont également séropositifs, ils peuvent recevoir un traitement antirétroviral gratuit ou d’environ 100 dollars par an dans certains cas.

Mark Thursz est professeur d’hépatologie à l’Imperial College de Londres qui travaille à l’amélioration des programmes de traitement du VHB dans les pays pauvres en ressources comme le Sénégal. Il se rappelle avoir rencontré un patient atteint d’hépatite B particulièrement désespéré à qui son médecin avait dit qu’il ne pouvait recevoir de médicaments, car il n’était pas porteur du VIH.

« Après cela, cet homme n’arrêtait pas de passer des tests de dépistage du VIH… [Il] est décédé par la suite, car il n’avait pas le VIH », a déclaré M. Thursz. « Cela semble complètement irrationnel, mais c’est comme ça que le système fonctionne actuellement. »

En 1999, le ministère de la Santé sénégalais a créé un Programme national de lutte contre les hépatites (PNLH), s’engageant à réduire le taux d’infection du VHB et à améliorer le traitement et les soins réservés aux patients. Quinze ans plus tard, selon les médecins, les patients et les militants de la lutte contre l’hépatite B, si l’amélioration des campagnes de vaccination contre le VHB a réduit la prévalence chez les jeunes, peu d’efforts ont été entrepris pour aider les porteurs chroniques du virus.

La plupart des personnes ignorent qu’elles sont porteuses du VHB, car peu en ressentent les symptômes. D’après les scientifiques du PNLH, 90 pour cent des cas de VHB sont asymptomatiques, même si une fièvre modérée, une grande fatigue et des douleurs abdominales sont parfois des signes d’infection, mais cela reste vague.

« Certains s’imaginent que le problème peut être résolu en empêchant l’infection de nouveau-nés [par le virus de l’hépatite B] », a déclaré Shevanthi Nayagam, spécialiste en hépatologie à l’Imperial College de Londres, qui conduit des recherches sur l’hépatite B au Sénégal. « Mais il y a en réalité toute une génération de personnes qui sont déjà infectées et qui vont mourir des conséquences de l’hépatite B. »

D’après les scientifiques du PNLH, environ 85 pour cent des Sénégalais ont été exposés au virus de l’hépatite B qui se transmet par l’intermédiaire des liquides et sécrétions biologiques comme la salive et le sperme. Bien que de nombreux cas disparaissent spontanément, près de 11 pour cent des cas évoluent vers une hépatite B chronique. Parmi les symptômes, il peut y avoir des troubles gastriques, des nausées, une jaunisse et une fatigue extrême.

Absence de dépistage

L’absence de dépistage systématique dans le pays fait que la majorité des personnes ignorent qu’elles sont porteuses du virus.

« Parfois, vous ne réalisez pas avant d’avoir un cancer du foie ou une cirrhose, et il est alors souvent trop tard », a déclaré Mme Nayagam. « Ainsi, au Sénégal, quand vous développez par exemple un cancer à cause de l’hépatite B, le pronostic de vie est souvent de quelques mois seulement : la maladie se déclare, puis vous mourez. »

Savoir que l’on est porteur du VHB peut permettre d’empêcher la destruction progressive du foie par le virus silencieux et la propagation de l’infection.

« Convaincre les gens de se faire dépister et mettre en place des centres de dépistage est vraiment du ressort des médecins au Sénégal », a déclaré M. Thursz. « Il est important de le faire, car vous ne pouvez maîtriser l’infection qu’en la dépistant et en traitant les personnes avant qu’elles ne développent une maladie du foie en phase terminale. »

Le dépistage est particulièrement important chez les femmes enceintes, car elles peuvent transmettre le VHB à leur bébé pendant l’accouchement. L’OMS affirme que tous les bébés doivent être vaccinés dans les 24 heures suivant la naissance pour empêcher la transmission. Au Sénégal, la plupart des enfants ne reçoivent pas de vaccin contre le VHB avant au moins six semaines, en même temps que les vaccins habituels. La couverture vaccinale contre le VHB est aujourd’hui d’environ 70 pour cent, proche de la moyenne de 72 pour cent de l’Afrique subsaharienne.

« Il n’y a aucune logique à cela », a déclaré Aminata Sall Diallo, coordinatrice de l’Initiative panafricaine de lutte contre les hépatites et du PNLH du Sénégal, et professeur au département de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Nous recommandons que la vaccination contre le VHB ait lieu à la naissance. C’est le meilleur moyen d’empêcher les enfants de devenir ensuite des porteurs chroniques. Mais au Sénégal, la vaccination des nourrissons ne démarre qu’à partir de la sixième semaine. »

Les médecins disent qu’il est souvent difficile de vacciner dans les premières 24 heures, surtout si l’enfant ne naît pas à l’hôpital. De plus, les doses de vaccins pour les nouveau-nés ne sont généralement pas prises en charge par les organisations internationales de la santé.

Selon les experts, la vaccination et un meilleur dépistage doivent aller de pair. « Il ne sert à rien de diagnostiquer un porteur de l’hépatite B si vous n’êtes pas en mesure de lui proposer un traitement pour arrêter la progression du virus », a déclaré Mme Nayagam.

 (IRIN)

 

 

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