Les stratégies locales d’adaptation au climat

Les stratégies locales d’adaptation au climat

KATMANDOU, 4 mai 2014 – Alors que certains pays parmi les plus pauvres du monde sont encore dans l’attente de fonds pour tenter de s’adapter au changement climatique, d’autres mettent en œuvre des plans sophistiqués sans le moindre financement : voilà ce qui est ressorti de la huitième conférence internationale sur l’adaptation communautaire, axée sur la question de la finance, qui s’est tenue à Katmandou (24-30 avril).

Le Fonds pour l’adaptation mis en place par les Nations Unies dispose de 100 millions de dollars US directement accessibles, destinés à l’adaptation des populations les plus vulnérables des pays pauvres. Mais certains pays pauvres « n’ont pas les capacités requises pour mettre sur pied et planifier les projets pour lesquels ils ont besoin d’argent », a dit Mamadou Honadia, le président du conseil du Fonds pour l’adaptation, à IRIN.

Et les besoins de ceux qui en ont les capacités excèdent largement une part des 100 millions de dollars disponibles.

Le Fonds comprend des ressources auxquelles les pays ont un accès direct (100 millions de dollars) d’une part, et des ressources allouées par l’intermédiaire d’institutions multilatérales (essentiellement des agences des Nations Unies) d’autre part, qui ont été épuisées. Les pays en développement se sont battus pour l’instauration de ressources d’accès direct, une caractéristique novatrice du Fonds.

En 2012, le Népal a estimé ses besoins à 350 millions de dollars pour la mise en place de plans d’adaptation à l’échelle locale (plans d’action locaux d’adaptation – PALA), en partant du principe qu’au moins 3 500 villages étaient concernés à travers le pays.

« Mais les coûts ont augmenté depuis », a dit Govinda Prasad Kharel, secrétaire adjoint au ministère de la Science, de la Technologie et de l’Environnement. « Nous disposons de très peu de moyens pour faire aboutir ce dont les gens ont besoin, et pourtant toutes nos structures sont en place et nous allons de l’avant, parce qu’il le faut bien – nous ne pouvons pas attendre. »

Les dernières évaluations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) signalent un niveau d’émissions de gaz à effet de serre sans précédent et mettent en garde contre le manque de préparation de la plupart des pays en développement face aux risques liés à l’évolution du climat.

Le Népal fait partie des pays les moins avancés dotés d’un programme d’action national d’adaptation (PANA). En tant que tel, il a pu faire l’expérience d’une approche participative avec l’aide de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED, en anglais), basé au Royaume-Uni.

La politique PALA, que le Népal a été le premier pays à mettre en application, exige que 80 pour cent de l’ensemble des fonds alloués à l’adaptation climatique d’un pays donné soient redistribués à l’échelle des villages.

Fonctionnement des PALA

Développés à l’échelle d’un village ou d’un quartier, les PALA identifient les risques, les vulnérabilités et les besoins liés au climat à l’échelle locale, dans l’objectif de renforcer la résilience locale. Ils sont gérés par un comité de développement local à l’échelle du village, et cherchent à mettre à contribution l’ensemble des populations vulnérables, y compris les personnes âgées, les femmes et les différents groupes religieux et ethniques.

Le comité réunit des représentants de différents secteurs parmi lesquels l’agriculture, la santé et l’éducation. « Il s’agit d’un processus fortement intégré. Nous intégrons le changement climatique à une démarche de développement. Ainsi, tout nouveau projet conçu à l’échelle du village – qu’il s’agisse d’une école, de la protection d’une source d’eau – tient compte de l’impact climatique », a dit M. Kharel.

« Nous avons très peu de moyens, alors nous demandons aux villageois de hiérarchiser leurs besoins, en distinguant ceux qui nécessitent une prise en charge immédiate – par exemple la relocalisation éventuelle de foyers établis dans des zones sujettes aux glissements de terrain, par opposition à la consolidation d’une zone sujette aux glissements de terrain mais inhabitée », a-t-il dit.

La hiérarchisation des besoins au niveau national implique aussi des décisions difficiles. Les besoins des populations pauvres et des villages de montagne isolés passent en priorité. « Les autres villages comprennent, mais ils sont très en colère », a dit M. Kharel.

Le Népal dispose en outre de ressources propres. Bhushan Tuladhar, le conseiller technique régional du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) pour l’Asie du Sud, a dit que le Népal avait collecté plus de 17 millions de dollars US de taxes de pollution, qui n’ont pas été utilisés.

PALA au Mozambique

Les leçons d’intégration du modèle PALA népalais sont mises en application dans différents pays d’Afrique et d’Asie. Malgré le manque de ressources, le Mozambique a commencé à mettre sur pied les structures requises pour l’instauration de PALA dans 22 de ses 150 districts, a dit Luis Miguel S.T. Buchir, un agent du ministère de la Coordination des affaires environnementales. Le pays mène une démarche équivalente d’identification participative des vulnérabilités et des capacités d’adaptation des communautés.

« Il faut compter deux mois pour qu’un district soit [prêt à accueillir un PALA]. » Mais il en a déjà coûté 1,5 million de dollars au pays d’instaurer un PALA dans un seul district. « Nous avons le budget requis pour les 22 districts, alors nous allons de l’avant », a dit M. Buchir. « On verra ce que nous réserve la suite. »

Il a dit qu’il avait désormais connaissance des ressources disponibles auprès du Fonds pour l’adaptation, et qu’il tâcherait de tirer des enseignements de la réussite de certains pays comme le Sénégal et l’Afrique du Sud.

Campagne de préparation

Le Fonds pour l’adaptation lance une campagne de préparation à compter du 1er mai afin de garantir l’égalité des chances d’accès direct à ses ressources à l’ensemble des pays en développement, en renforçant leurs capacités.

Pour être admissibles, les pays doivent avoir instauré une Institution nationale de mise en œuvre (INM) capable de concevoir et de mettre en œuvre des plans et des programmes d’adaptation. Ces INM doivent être en mesure de faire preuve d’une bonne gestion financière, d’intégrité, de transparence, d’une aptitude à réaliser des audits internes et de mesures de lutte contre la corruption. Les INM sont évaluées, puis accréditées par le Fonds.

Jusqu’à présent, peu de pays se sont qualifiés : en quatre ans, seuls cinq projets de financement direct ont été approuvés. Selon M. Honadia du Fonds pour l’adaptation, la campagne de préparation – qui prévoit la tenue d’ateliers tout au long de l’année – a pour ambition de renforcer ces capacités. L’initiative comportera également une composante de coopération Sud-Sud. « Dans ce cadre, une INM approuvée peut aider d’autres pays de sa région à mener à bien son processus d’accréditation ; et à renforcer ses capacités », a-t-il dit.

« J’ai conscience que certains pays n’ont pas besoin de ce type d’aide [d’être financés par le biais d’institutions multilatérales] pour mettre des projets en place. Nous espérons pouvoir obtenir davantage de fonds pour permettre que l’argent circule par ce biais également. » Les frais administratifs ne doivent pas dépasser plus de 8,5 pour cent des ressources que le Fonds alloue à un projet. Le reste doit aller à la communauté.

 

(Font: IRIN

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