Marseille et Paris: capitales de la carte du crime

Marseille et Paris: capitales de la carte du crime

Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a dévoilé un registre des crimes et délits relevés par les services de police et de gendarmerie sur tout le territoire national, depuis 1996 – des données mises à disposition par le ministère de l’intérieur.

Si elle exclut toutes les contraventions et les infractions au code de la route, la base de données – tirée de « l’état 4001 », le répertoire statistique utilisé depuis 1972 – détaille l’évolution de chaque département. Et permet de relativiser plusieurs idées reçues sur l’augmentation de l’insécurité en France : par exemple, le nombre d’homicides, supérieur à 1 500 en 1996, est passé sous la barre des 1 000 faits constatés en 2014.

Une « carte du crime » contrastée

Le service statistique du ministère de l’intérieur a rassemblé des données au niveau départemental, entre janvier 1996 et septembre 2015. L’addition des faits relevés par les services de gendarmerie et de police permet une comparaison, sur la durée, des situations dans toute la France métropolitaine.

C’est dans le département des Bouches-du-Rhône qu’a été constaté le nombre le plus important d’homicides – selon les cinq catégories du ministère de l’intérieur – ces 20 dernières années. Il est suivi de près par Paris. La métropole marseillaise se distingue notamment par un nombre élevé de décès lors de « règlements de comptes entre malfaiteurs » : 274 depuis 1996. Second département listé dans cette catégorie, le Var a comptabilisé 65 morts dans ces règlements de compte.

À l’inverse, le département de la Lozère présente les statistiques les moins élevées : 13 homicides ont été dénombrés lors de cette étude dans le neuvième département français le moins peuplé.

La base de données rendue publique par le ministère de l’intérieur permet d’observer une diminution du nombre d’homicides en France sur une vingtaine d’années. Si ces chiffres varient de manière importante d’une année sur l’autre, la barre des 1 546 personnes décédées en 1996 n’a jamais été dépassée.

Le nombre de vols en augmentation depuis 2010

Si l’homicide est le type de crime le mieux recensé par les services de police et de gendarmerie – le nombre d’affaire non signalée étant plus faible – la base de données du ministère de l’intérieur recense 107 crimes et délits de différentes natures.

Parmi eux, les délits de vols, en augmentation depuis 2010. Pour l’année 2015, leur nombre s’élève à environ 1,5 million à la fin du mois de septembre. Deux catégories ressortent de cette étude. D’abord les vols « à la roulotte », effectués dans un véhicule en stationnement : plus d’1,5 million depuis 2010. Les cambriolages de « locaux d’habitations principales » arrivent en seconde position, avec près 1,2 million de délits constatés depuis 2010.

Le contrôle des consommateurs de stupéfiants en forte hausse

C’est l’un des domaines sensibles de l’observation des crimes et délits en France : le nombre de délits constatés pour « usage de stupéfiants » a explosé depuis 1996 – le nombre de consommateurs a lui aussi augmenté. Mais les délits concernant le « trafic », eux, sont stables.

Une évolution qui semble montrer, plus qu’une augmentation réelle de la consommation, un renforcement des contrôles et des moyens consacrés à la répression dans ce domaine. La mise en place, par exemple, de tests salivaires détectant la consommation de cannabis au volant – un système inexistant en 1996 – peut expliquer, en partie, la forte augmentation de ces contrôles positifs.

Une méthode statistique contestée

Ces dernières années, les statistiques de crimes et délits ont régulièrement été remises en cause et critiquées, notamment par l’opposition, depuis 2012, pour dénoncer la politique pénale supposée « laxiste » de la garde des sceaux Christiane Taubira.

Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) a donc été mis en place en 2014. La cellule est composée de gendarmes et de policiers, accompagnés de statisticiens. Leur objectif : assister « la police et de la gendarmerie dans l’accomplissement de leurs missions » et mettre ces statistiques à disposition du grand public.

Destinée à être actualisée tous les mois, la base de données mise à disposition le 9 octobre ne représente pourtant pas la réalité de la délinquance en France. « Une partie des évolutions dans les chiffres correspond moins à l’évolution réelle des phénomènes qu’à celle des pratiques d’enregistrement », explique le service ministériel. En effet, les dispositifs de comptage ont évolué – dans la police comme dans la gendarmerie – à trois reprises ces cinq dernières années.

L’étude précise ne compter que « les infractions suffisamment constituées juridiquement pour pouvoir être poursuivies par un tribunal ». En se basant notamment sur le nombre de plaintes déposées, le ministère de l’intérieur ne comptabilise pas les délits dont les autorités n’ont pas eu connaissance. Selon Interstats, seulement 10 % des vols de voiture ne sont pas signalés, mais, concernant les « violences hors ménage », le chiffre monte à 70 %, et à 90 % pour les « violences physiques et sexuelles au sein du ménage ».

Il semble donc impossible d’effectuer un panorama exhaustif des crimes et délits sur le territoire français. Mais le SSMSI – labellisé membre du système statistique national en décembre 2014 – souhaite avec cette première étude pérenniser et stabiliser les méthodes de recueil de données des services de police et de gendarmerie.

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