Médecins: formation à réagir face aux situations de guerre

Médecins: formation à réagir face aux situations de guerre

Metz : les médecins se préparent à des situations de guerre

Plus d’une centaine de praticiens ont suivi une formation « Damage control » à l’hopital Mercy de Metz. Le principe : apprendre aux médecins civils à réagir face à des situations de guerre. Les attentats en toile de fond. Ci-dessous l’interview à François BRAUN, chef du service des urgences de Mercy.

Pourquoi cette formation damage control (traduction littérale: limitation des dégâts) à l’hôpital de Mercy?

François BRAUN, chef du service des urgences de Mercy : « Elle a été mise en place à la demande des ministères de la Santé et de la Défense dans le cadre de l’état d’urgence. Elle vise à former le personnel hospitalier, dans chaque région de France, à la médecine de guerre. Nous nous sommes adressés aux urgentistes, anesthésistes-réanimateurs, cadres infirmiers et chirurgiens de chaque Samu de la zone de défense Bourgogne-Franche-Comté, Alsace-Champagne-Ardennes. »

L’idée est donc de préparer le personnel médical civil à de nouveaux attentats ?

« Oui, il faut envisager toute éventualité dans le contexte actuel. C’est une adaptation technique de l’hôpital. Organiser un bloc pour accueillir 26 urgences absolues simultanément ne s’improvise pas. Tout le monde doit travailler très vite. »

Vous accueillez des médecins urgentistes de la Salpêtrière et de l’hôpital Necker. Qu’est-ce qu’ils vous ont apporté ?

« Un retour d’expérience, justement sur le damage control. Ce concept militaire consiste à réaliser une chirurgie très rapide sur un blessé par balle. On arrête son hémorragie, ensuite on le réanime pendant 24 à 48 heures, le temps de le stabiliser, puis on peut intervenir en chirurgie réparatrice. Ce protocole, nouveau pour les civils, a démontré son efficacité en situation de crise. »

Qu’est-ce qui a été le plus délicat à gérer lors des attentats de novembre ?

« L’identification des patients. On sait que des familles ont cherché longtemps leurs proches. Pour y remédier, les autorités travaillent sur la mise en place du Sinus (Système d’information numérique standardisé). Un système de centralisation des informations. »

Dans ce type d’intervention suite à des attentats, quelles sont les procédures à prendre en compte pour les équipes d’urgentistes ?

« La première obligation pour les urgentistes consiste à veiller à leur propre sécurité. Il s’agit de perdre ses habitudes et ne pas foncer tête baissée, Ensuite, il faut agir très vite. Il faut que les médecins sur place sachent parer au plus pressé, il y a une catégorisation des blessures. »

Il y a également à prendre en compte la dimension psychologique ?

« Nous nous sommes aperçus qu’en novembre 2015, certaines victimes ont vu six psychiatres différents. C’est trop. Il est possible de mieux agir et plus rapidement sur place et en post-traumatique. Des équipes spécialisées travaillent actuellement sur cette prise en charge. Il s’agit de s’inspirer du damage control en psychiatrie. »

Vous avez aussi largement évoqué les blessures infligées par les armes de guerre…

« Parce qu’il faut que les médecins civils aient bien conscience qu’une arme de guerre provoque d’énormes dégâts à distance du trajet de la balle. Ce sont des lésions qui demandent des réanimations intensives, une chirurgie très spécialisée. »

Ces interventions médicales de guerre supposent également un matériel spécifique. Les hôpitaux civils sont-ils équipés ?

« Dès le 14 novembre, nous avons commandé des garrots tactiques, des pansements hémostatiques, compressifs, de l’acide tranexamique qui permet d’arrêter les saignements. Nous avons composé des kits qui ont été distribués dans les établissements. Tout le monde doit avoir le même matériel. »

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