Simulation d’un crash aérien à Cointrin

Simulation d’un crash aérien à Cointrin

Simulation d’un crash aérien à l’aéroport de Cointrin; test d’intervention de secours, avec 90 figurants et 120 mannequins à encadrer.

Il est 23h59 lorsqu’un airbus A 320 s’écrase en bout de piste de l’aéroport de Cointrin, dans le «trou de Colovrex». Disloquées, les différentes pièces de la carlingue s’embrasent. A bord, 220 passagers et membre d’équipage. Une nonantaine de passagers a survécu au choc, la plupart gravement blessés. Comble de malchance, dans sa chute, l’avion a touché une camionnette de chantier. Ses deux passagers ont été tués.

Le scénario de cette simulation exceptionnelle d’un crash aérien est ainsi posé. L’écran de la salle de presse de l’aéroport diffuse en live les images de trois containers bien amochés, des morceaux de carlingue et du cockpit en feu. Autour, des corps inertes, en plastique, représentent les 130 morts. Les blessés, eux, crient, appellent à l’aide. Certains se lèvent et cherchent des proches éparpillés dans un périmètre de plus de 100 mètres, allant au-delà de la route de Colovrex.

Ligne à haute tension coupée

Vers minuit et demi, les personnes invitées à suivre l’opération, les médias, ainsi que de nombreuses personnalités politiques ont pu rejoindre la zone du sinistre. Parmi elles, le conseiller d’Etat Pierre Maudet, le procureur général Olivier Jornot et Odile Soupison, consule générale de France à Genève. Deux bus ont emmené ce petit monde en bout de piste, découvrir la suite des événements.

En tombant, l’avion a arraché une ligne à haute tension. L’intervention d’une équipe spécialisée de Swissgrid est nécessaire pour sécuriser le périmètre et permettre aux secouristes d’atteindre les blessés. «Ils ont mis la ligne à terre et ensuite sécurisé les deux morceaux coupés, explique Bertrand Stämpfli, porte-parole de l’aéroport de Genève. Cela a effectivement pris environ trente minutes, mais les secours ont pu déjà accéder par l’autre côté.» Premiers sur les lieux, en trois minutes plus précisément, les pompiers du service de sécurité de l’aéroport (SSA), avec, entre autres, leurs nouveaux véhicules jaunes.

Blessés spécifiquement maquillés

Nonante blessés, portant chacun une étiquette homme/femme ont été savamment grimés avant l’exercice. «Il ne s’agit pas d’un simple maquillage, souligne Christian Mathez, responsable de la brigade sanitaire. Ces personnes portent des blessures précises, fréquentes dans ce type d’accident. Elles donneront des informations aux secouristes.» Des secouristes qui arrivent avec des brancards. Des ambulances se tiennent à distance. Le temps passe, les blessés geignent depuis près d’une heure dans une bise glaciale. Stoïque, certains ne bougent plus, chacun prend son rôle au sérieux.

Nids de blessés

Les pompiers ont toutes les peines du monde à créer des nids de blessés. Certains, encore valides, divaguent. L’un d’eux se promène dans l’herbe, hagard, tirant une valise. Le poste de commandement est monté, trois postes médicaux sont dressés à une cinquantaine de mètres de l’avion. Un hélicoptère de la Rega arrive vers 1h30. Il tourne et fini par se poser pour charger des blessés. La coordination semble fonctionner. Mais, pour les témoins, spécialement invités, les minutes paraissent longues. «Je n’imaginais pas le temps et les difficultés rencontrés lors de ce type d’intervention, lâche une observatrice grelottante. Ça doit être horrible d’être blessé et de devoir à attendre sans savoir si on va arriver à nous sauver.» Justement, le temps est le premier ennemi des secours. «Pour la première fois dans un tel exercice, nous avons inscrit la temporalité horloge, détaille Christian Mathez. Chaque figurant a un chronomètre et après 90 minutes, les blessés souffrant d’une hémorragie décèdent, ils retournent leur pancarte. Pour des blessures victimes de fractures ouvertes, on compte 270 minutes de survie possible.»

Une des difficultés consiste à «trier» les blessés par ordre d’urgence, mais dans des catastrophes de ce type, le nombre élevé de cas graves complique les secours. Vers 2h, c’est au tour de la police judiciaire d’entrer dans l’arène. «Il s’agit de procéder à l’identification des corps, explique Monica Bonfanti, cheffe de la police cantonale genevoise. Ils travailleront avec les dossiers ante mortem des victimes, c’est-à-dire l’ADN récolté chez leurs enfants ou parents, les informations sur les opérations ou la dentition, les bijoux portés. Ensuite ils rempliront un dossier post-mortem à la morgue. L’autopsie permettra ensuite de regrouper les informations nécessaires à l’identification.

Professionnalisme relevé

La scène est insolite. Il est 2h du matin, une table de camping est dressée dans l’herbe. Thermos, café, gobelets sont pris d’assaut. La quarantaine de visiteurs nocturnes baille et discute au milieu de nulle part, à quelques mètres du tarmac. Derrière eux, des gens gémissent, des pompiers courent, des médecins donnent des instructions. Tout le monde a froid, mais s’accorde sur l’efficacité des intervenants. «C’était intéressant et instructif, note le député Vincent Maître. Il y aura certainement quelques imperfections à corriger, mais dans l’ensemble on ne peut que se féliciter du professionnalisme et de la qualité des protocoles d’intervention.»

Il faudra attendre le debriefing de cet après-midi pour avoir un bilan officiel de cette intervention, allant jusqu’à mettre sur pied une cellule de prise en charge des proches et tester des dispositifs de coordination secondaires, comme la communication d’un tel événement.

Vers 2h15, les opérations sont déjà bien engagées, les figurants commencent à fatiguer et se laissent transporter. Les «spectateurs» rejoignent le hall central de l’aéroport, avant de rejoindre le commandement de la police à la Gravière où le dispositif l’intervention dans les situations exceptionnelles, baptisé Osiris, supervise l’opération. L’exercice s’est déroulé en grande partie comme prévu. Ancien commandant su SIS, Raymond Wicki relève l’excellente coordination.

L’un des derniers grand exercice sur le tarmac de l’aéroport avait impliqué 53 figurants, en novembre 2006. Désormais c’est tous les trois ans que l’aéroport de Genève, devra procéder à ce type d’exercice, répondant aux exigences de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) (24 heures)

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