Spécialité « urgentiste » : le coup de gueule d’un IADE

Spécialité « urgentiste » : le coup de gueule d’un IADE

« Protégez moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge » C’est bien ce que les Infirmiers Anesthésistes Diplômés d’État (IADE) peuvent penser à la lecture de la prose de certains de leurs collègues ces derniers temps. Les infirmiers des urgences veulent une spécialité « d’urgentistes ». Cela fait bondir les IADE, voici pourquoi.

Le sujet est délicat. Il n’existe que quatre voies de spécialisations reconnues dans la profession infirmière : cadre, puériculture, bloc opératoire et anesthésie réanimation. Chaque spécialité a ses prérogatives et, parfois, ses exclusivités. Des éléments importants, puisqu’ils ont défini des choix de vie et d’identités infirmières. Lorsqu’il faut discuter des champs de compétences de chacun, on a vite fait de tout mettre sur l’ego. Ce dernier est toujours plus grand chez l’autre. On trouve des Cow-boys ici, des spécialistes du Sudoku là. J’ai connu des IADE qui portaient très bien le chapeau et je vois des IDE en formation très forts en Sudoku. Essayons donc de laisser les histoires de chasse de côté, pour nous focaliser sur les faits. A l’occasion d’un mémoire sur les ISP et leurs missions une collègue a un rêve. Elle rêve de la reconnaissance d’une spécialisation en urgences pré-hospitalières.

Les sujets à affronter sont beaucoup, dans notre article on va donc présenter les suivantes questions :

– INSUFL, l’association qui pompe l’air aux IADE

– L’IADE est l’infirmier urgentiste que les IDE veulent devenir

– L’urgence vitale, partie émergée de l’iceberg du soin d’urgence

– Pourtant, l’infirmier peut aussi évoluer aux urgences

– J’ai (aussi) fait un rêve

INSUFL, l’association qui pompe l’air aux IADE

On peut comprendre qu’une infirmière souhaite une spécialisation en urgences pré-hospitalières. Elle n’a peut être pas toutes les informations et elle peut se tromper. Mais lorsqu’une association se créée avec les objectifs que nous allons détailler, il est normal que les IADE se sentent particulièrement visés. Cette association demande la reconnaissance et la valorisation des compétences de l’infirmier aux urgences et au SMUR. Une demande qu’on peut finalement légitimer pour l’ensemble de la profession. Les infirmiers qui exercent en maison de retraite n’ont pas moins de mérite que ceux qui travaillent en dermatologie ou aux urgences. Un coup d’épée dans l’eau donc, pour une spécificité des urgences. Travailler aux urgences et en SMUR, c’est unique… comme tous les autres domaines du soin. A ce compte, nous allons retrouver des infirmiers cardiologistes, gastro-entérologistes, dermatologistes… « Améliorer les pratiques » et organiser des manifestations visant à regrouper les IDE acteurs de l’urgence », c’est généralement le but de toute association qui veut mettre en avant les raisons de son existence.

En revanche, obtenir la création d’un diplôme d’infirmier urgentiste à l’instar des IADE, IBODE et IPDE est une demande à la fois irréaliste et inacceptable. Irréaliste, parce que s’il faut créer une spécialisation en soins d’urgence, il faut envisager des spécialisations diplômantes pour toute la filière de soins. Encore une fois, travailler en ophtalmologie, ne nécessite pas d’en avoir une spécialité. Pour tous les lieux d’exercice, il existe des formations complémentaires, des congrès et de la formation continue. Diviser notre profession pour chaque discipline, revient à tomber dans les travers de la médecine qui morcelle le corps pour ne s’occuper que d’un organe. Or, la richesse de la profession d’infirmier, c’est précisément qu’il peut avoir une vision plus holistique du patient ainsi que de son entourage. C’est valable pour les IDE en soins généraux et pour les IDE qui se sont spécialisés. Et tous les IDE spécialisés ont obtenu en premier lieu leur DE… Vous me répondrez que l’infirmier qui pourrait bénéficier de cette spécialisation lui aussi garderait cette spécificité. Oui, sauf qu’il existe déjà cet infirmier et qu’il est IADE.

« Les socles de connaissance sont donc très clairs, les recommandations qui sont faites par les sociétés savantes sont donc parfaitement logiques lorsqu’elles pointent l’IADE comme intervenant idéal pour l’urgence. »

L’IADE est l’infirmier urgentiste que les IDE veulent devenir

Pour bien comprendre la ras le bol des IADE, il faut remonter encore un peu plus loin que la création de cette association qui n’est qu’un symptôme de plus pour un syndrome urgentiste qui couve depuis longtemps. En 2008 sort une publication de la SFMU qui souhaite établir un référentiel de compétences pour l’infirmier en médecine d’urgence. Dans ce référentiel on trouve notamment ces éléments : La prise en charge d’un patient dans le cadre d’un transport primaire extra ou intra-hospitalier en collaboration avec un médecin SMUR. et la prise en charge du patient dans le cadre du Transfert Infirmier Inter-Hospitalier. Or, ces deux missions sont dévolues prioritairement aux IADE comme le précise le Code de la Santé Publique : Les transports sanitaires mentionnés à l’article R. 4311-10 (les transports SMUR -NDR) sont réalisés en priorité par l’infirmier ou l’infirmière anesthésiste diplômé d’État.

Si le CSP le précise, ce n’est pas pour le plaisir de rajouter une ligne au texte. Il y a des raisons que nous détaillerons plus tard. Puis, dans la partie concernant les connaissances et savoirs, le référentiel SFMU ajoute :

Un infirmier en Médecine d’Urgence connaît et comprend
[…] Les médicaments de l’anesthésie – analgésie – sédation :
- Anesthésiques généraux : Propofol, Etomidate, Midazolam, Thiopental, Kétamine…
- Anesthésiques locaux : Lidocaïne…
- Curares : Suxaméthonium iodure, Atracurium…
[..]

Vous noterez qu’il ne s’agit pas de se limiter aux stricts médicaments de l’intubation en séquence rapide qu’on nomme par pudeur « intubation d’urgence » (alors qu’il s’agit d’une pure et simple anesthésie en séquence rapide), mais d’être exhaustif sur toutes ces molécules. Trois petits points sont ajoutés à la fin de chaque liste. Ils sont au mieux signes d’un manque de rigueur, au pire une ouverture vers toutes les molécules imaginables. Ces exemples sont spécifiques car on entre très clairement dans le champ de compétence des IADE. Que cela concerne les anesthésies générales ou locales. Mais de façon plus générale, tous les aspects qui concernent l’urgence et le pré-hospitalier font également l’objet d’un enseignement complet dans le cursus de l’IADE. Il s’agit d’un module exhaustif dont on trouve une copie conforme dans un référentiel de compétences. Ce n’est pas nouveau, cela existe depuis que les IADE sont entrés en fonction. Les socles de connaissance sont donc très clairs, les recommandations qui sont faites par les sociétés savantes sont donc parfaitement logiques lorsqu’elles pointent l’IADE comme intervenant idéal pour l’urgence. Mais la théorie ne suffit pas. Pour être compétent, encore faut-il pratiquer et utiliser ces connaissances au quotidien. C’est ici qu’on peut commencer à parler d’iceberg.

 « La collaboration entre un IADE et un médecin urgentiste est entérinée par l’arrêté l’annexe de l’arrêté du 23 juillet 2012… »

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