Toxicomanie des médecins : une réalité à gérer

Toxicomanie des médecins : une réalité à gérer

Seriez-vous prêtes à signaler la pratique d’un conférer altéré par l’alcool, la drogue ou la maladie ?

Le sondage Medscape.com sur les « Médecins et l’éthique » révèle que seul le 28% des médecins français sérient prêtes à le faire contre le 46% des Européens et le 77% des Américains.

La toxicomanie de certains médecins, notamment des anesthésistes-réanimateurs et des médecins urgentistes, est une réalité ; mais le 52% des médecins français ne s’oppose pas à un contrôle aléatoire afin de vérifier l’absence d’abus d’alcool et de drogue, contre seul le 39% des Américains.

Dans les années 1990 en France le pourcentage des internes en réanimation qui abusaient de substances illicites était proche de 5 % ; ce chiffre s’est abaissée nettement depuis 1,5 % en 2005, avec les mesures de prescription nominatives des toxiques.

L’addiction n’est pas une spécificité de certaines spécialités mais, l’accès relativement libre à des produits anesthésiques ou opiacés en anesthésie-réanimation ou en médecine d’urgence, majore les risques de toxicomanie. D’autre part le recours à l’alcool ou aux benzodiazépines et aux antalgiques concernent plus les autre spécialités médicales.

Les médecins toxicomanes, pouvoir assouvir leur dépendance, détournent à leur profit les agents anesthésiques destinés aux patients. Pour cacher ce détournement ils remplissent imparfaitement leurs feuilles d’anesthésies en prescrivant des doses massives d’analgésiques pour des patients qui n’en auraient pas besoin ou, à l’inverse, en sous-utilisant les calmants en particulier en post-opératoire.

A’ minima sur le fonctionnement de l’équipe, au pire sur le devenir des patients dont il s’occupe, un professionnel de santé souffrant d’addiction fait courir à lui-même, aux patients et aux équipes un véritable danger. Donc le déni personnel est généralement très marqué et un déni des équipes est fréquent lorsqu’un diagnostic de toxicomanie est évoqué chez un médecin.

Les sorties fréquentes de salle en cours d’intervention, les modifications de comportement du médecin toxicomane (dépression, anxiété…), une présence prolongée à l’hôpital en dehors des périodes de garde, la survenue de problèmes personnels ou familiaux, les procédures de contrôle des stocks, l’arrivée de nouveaux médecins qui ont un regard neuf sur le fonctionnement du service ; sont seul aucuns des différents évènements peuvent conduire au diagnostic de toxicomanie chez un médecin.

Lorsque le diagnostic est suggéré la « conspiration du silence » est habituelle car les confrères se trouvent face à des problèmes éthiques : la crainte de se livrer à un acte de délation, de stigmatiser un collègue, de s’être trompé de diagnostic… Pourtant le travaille d’un soignant qui n’est plus à même d’exercer peut porter préjudice aux équipes et aux patients. En plus en cas d’erreur le médecin toxicomane peut être exposé au risque judiciaire et son avenir professionnel peut être compromis.

Le déni est très prégnant donc pour pouvoir inciter un confrère toxicomane à se prendre en charge auprès de services spécialisés, il faut avant tout recueillir des preuves formelles de ses addictions. Une proposition thérapeutique immédiate doit s’accompagner à la confrontation avec les faits et la réinsertion doit immédiatement être envisagée après les soins. La prise en charge doit être centrée sur le parcours personnel du médecin car les causes de l’addiction sont multiples.

Certains pays (Canada, Espagne…) ont structurés des réseaux de soins anonymes des médecins malades. Même si des expériences locales ou associatives sont proposées, souvent en lien avec le Conseil de l’Ordre, la France reste en retard dans ce domaine. Au sein de l’AP-HP, la mission FIDES a pour but de prévenir et d’accompagner les soignants à risque de toxicomanie. L’écueil majeur vient du risque de rechute lorsque le soignant est réintroduit dans un milieu où il peut avoir accès à des toxiques ; surtout pour ce qu’il concerne les milieux de l’anesthésie réanimation et de l’urgence. Pour certains médecins il est donc essentiel d’envisager une réorientation professionnelle qui, si le praticien malade n’est pas accompagné, peut être particulièrement douloureuse.

Pour en savoir plus il y a le livre : Puybasset L et coll. Enjeux éthiques en réanimation. Ed Springer.

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