Traitement VIH : le « quatre jours par semaine »

Traitement VIH : le « quatre jours par semaine »

Garches, France – « Avec près de 130 années-traitements cumulées sous traitement anti-rétroviral 4 jours par semaine chez un total de 94 patients, nous n’avons assisté à aucun échappement viral », explique le Dr Jacques Leibowitch (hôpital Raymond-Poincaré, Garches) à l’occasion d’une conférence de presse présentant la publication de résultats du projet ICCARRE et le dépôt de brevet de cette approche thérapeutique [1]. Le Pr Christian Perronne (hôpital Raymond-Poincaré, Garches) avait d’ailleurs présenté l’étude dans son blog il y a quelques mois.

Ces résultats confirment ceux de l’étude préliminaire menée sur 48 patients et publiés eux aussi dans le FASEB Journal.

Mais en 2010, comme le regrette le Dr Leibowitch, « bien qu’aucun patient sous traitement 4 jours par semaine n’ait développé d’échappement viral, l’écho de ce travail auprès du monde académique est resté limité ».

Cette nouvelle publication a pour sa part porté sur un total de 94 patients qui étaient inclus dans l’étude ouverte non randomisée.

Le traitement testé était une quadrithérapie incluant trois inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse couplés soit à un inhibiteur non nucléosidique soit à un inhibiteur de protéase.

Aucun échappement si compliance

« Et le sans faute est confirmé, puisqu’aucun échappement thérapeutique n’a été rapporté chez les patients qui prenaient réellement leurs quatre prises par semaine », s’enthousiasme le Dr Leibowitch.

En revanche, un échappement a été signalé chez des patients peu compliants, qui prenaient leur traitement un ou deux jours par semaine.

Lorsque cette dérive a été constatée, les médecins ont à nouveau prescrit un traitement au long cours qui a permis à la charge virale de redevenir indétectable. Après cette phase de traitement continu, une nouvelle possibilité de traitement intermittent a été offerte aux patients.

Economie annuelle de 310 millions d’euros

L’idée d’un traitement 4 jours par semaine est aussi fondée sur une approche économique puisque le projet ICCARRE a pour but de maintenir une suppression anti VIH optimale à moindre contrainte et coût. Ainsi, baisser le nombre des prises pourrait faire diminuer de 40 à 60 % de cout des traitements.

En France, 5 170 euros pourraient être économisés chaque année pour chaque malade, ce qui pourrait représenter une économie annuelle de 310 millions d’euros pour 90 000 patients.

Pour le Dr Leibowitch, « il est possible de lutter contre la surmédicalisation, de casser le dogme du traitement continu, sans attendre l’interminable réécriture de nouvelles recommandations réglementaires ».

Déjà des laboratoires de génériques semblent intéressés par cette approche et ils pourraient proposer des reformulation en deux doubles combinaisons de génériques. « A terme, on pourrait même imaginer que certains patients puissent être traités par deux comprimés par jour deux jours par semaine », propose le Dr Leibowitch.

Tous les patients ne sont pas éligibles

A qui serait indiqué le traitement intermittent ? A des patients qui auraient déjà été traités pendant au moins six mois à un an par traitement d’attaque continu et ne présentant pas de résistances à d’autres trithérapies, car si un échec survenait, il faudrait pouvoir proposer un traitement alternatif.

Pour le Dr Leibowitch, « au moins 90 000 patients français pourraient être traités de la sorte ». Reste à convaincre les médecins que cette approche ne sous-traite pas les patients et les pouvoir publics que l’efficacité peut être similaire et moins coûteuse pour la société.

Brevet déposé pour thérapie séquentielle
Début 2015, un brevet ICCARRE a été déposé au nom de l’AP-HP et de l’Université de Versailles/Saint-Quentin. Il a été obtenu pour le traitement 4 jours par semaine. Il ne vise pas un médicament particulier, mais plutôt le principe même de la quadrithérapie séquentielle.
Un deuxième brevet de trithérapie séquentielle a aussi été déposé.
Pour le Dr Leibowitch, « la communauté scientifique a été frileuse sur le sujet des traitements séquentiels. Le dépôt de brevet pourrait permettre de faire mieux connaître cette approche et de faire évoluer la réglementation et les recommandations dans un sens favorable ». Il espère que les industriels vont maintenant s’emparer de ce concept.
Rappelons que la prescription 4 jours par semaine est hors AMM dans notre pays.
Depuis 2014, l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida et les Hépatites Virales, l’ANRS, a promu une étude sur le traitement en 4 jours par semaine. L’essai 4D est en cours dans une dizaine d’hôpitaux et il a permis d’inclure 100 patients. Les premiers résultats devraient être disponibles en fin d’année 2015 et une étude randomisée est envisagée par la suite.

Lisez l’article

References:

  1. Leibowitch J, Mathez D, de Truchis P et coll. Four days a week or less on appropriate anti-HIV drug combinations provided long-term optimal maintenance in 94 patients: the ICCARRE project. FASEB J. 29, (2015). doi: 10.1096/fj.14-260315.

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