Une mémoire vivante du Samu

Une mémoire vivante du Samu

Des plages du débarquement à la princesse Diana… L’urgentiste Philippe Menthonnex raconte l’histoire du Samu en France.

Le docteur Philippe Menthonnex est ce qu’on appelle un « bon client » dans le jargon journalistique. Parce qu’une fois posée la première question, on n’arrive plus à l’arrêter, ni à s’ennuyer. Et parce qu’il raconte la médecine à la manière d’un historien, avec rigueur mais aussi mille et une anecdotes qu’il connaît par cœur.

Après avoir longtemps dirigé le Samu du CHU de Grenoble, Philippe Menthonnex a pris sa retraite en 2009. Mais à 74 ans, il n’est pas du genre à rester les pieds dans ses pantoufles. La semaine prochaine, par exemple, il participera au congrès de la médecine d’urgence à Paris où il présentera un livre (1) sur l’histoire du Samu en France.

LA MÉDECINE D’URGENCE ET LES CONFLITS

Cette histoire démarre en juin 1944 sur les plages du Débarquement. « La médecine d’urgence moderne a beaucoup appris des différents conflits du XXe siècle, notamment sur la perfusion des blessés, confie-t-il. Par exemple, les navires américains, qui ont débarqué en Normandie, transportaient 9 000 litres de sang et 7 500 litres de plasma. Ce qui permettait ensuite aux infirmiers militaires de perfuser les blessés à même la plage. »

La deuxième guerre mondiale a été aussi le théâtre d’une petite révolution, déjà amorcée en 14-18 : le recours à l’aviation pour évacuer au plus vite les blessés. Au total, 12 millions de blessés seront ainsi transportés vers l’arrière pour y être soignés, dont 52 000 blessés allemands encerclés à Stalingrad.

LES ÉVACUATIONS EN HÉLICOPTÈRE, UN OUTIL EXTRAORDINAIRE

« Ce mouvement s’est poursuivi avec la guerre de Corée et du Vietnam pour les États-Unis et la guerre d’Indochine et d’Algérie pour la France. On a alors vu se multiplier les évacuations en hélicoptère, un outil extraordinaire pour aller « cueillir » les blessés sur les zones de combat pour les amener, en moins d’une heure, sur une antenne chirurgicale », indique le Dr Menthonnex.

En Algérie, ces techniques furent été utilisées par des médecins du service de santé des Armées. Et qui, une fois revenus à la vie civile, retournèrent dans les hôpitaux avec cette nouvelle et précieuse expérience.

LE TOURNANT DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Autre tournant : en cette France des années 1960, on commence à prendre conscience des ravages de la mortalité routière et des trop faibles moyens pour intervenir au plus vite sur les lieux de l’accident.

« L’Académie de médecine faisait le constat que 50 % de blessés mourraient durant leur trajet à l’hôpital », se souvient Philippe Menthonnex. La réaction politique arrivera le 2 décembre 1965 avec un décret obligeant les hôpitaux à se doter de « moyens mobiles de secours et de soins d’urgence ».

DES VÉHICULES BIEN ÉQUIPÉS

La naissance des SMUR, ces ambulances du Samu qui, au fil des ans, permirent une autre petite révolution : la médicalisation précoce et en dehors des murs de l’hôpital, de ces blessés de la route ou des victimes d’infarctus.

« En matière d’urgence, il existe deux modèles. Celui des États-Unis qui consiste à embarquer le blessé pour le conduire le plus vite possible à l’hôpital. Et le modèle français qui consiste à équiper les véhicules du Samu d’un matériel de réanimation pour commencer à soigner le patient sur place ou sur le trajet de l’hôpital, quitte à aller moins vite. »

L’APPROCHE ANGLO-SAXONNE ET L’APPROCHE FRANÇAISEC’est cette différence d’approche qui suscita une polémique en 2007 lors de l’accident ayant coûté la vie à Lady Diana au Pont de l’Alma. Certains médias anglo-saxons reprochèrent au Samu d’avoir mis plus d’une heure et demie pour emmener la princesse à l’hôpital.« Mais c’est parce que les réanimateurs avaient le choix de commencer les soins sur place puis dans l’ambulance avec tous les moyens nécessaires, précise le docteur Menthonnex. Et même s’ils avaient foncé en 15 minutes à l’hôpital, cela n’aurait vraisemblablement rien changé pour elle ».

(1) Un livre sous la co-direction de Bruno Chavagnac « Anesthésie, Analgésie, Réanimation, Samu. Notre histoire de 1945 aux années 2000. Tome 2 : le Samu » (éditions Glyphe).

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