Le grève des urgentistes a commencé: « Nous ne laisserons pas tomber les malades »

Le grève des urgentistes a commencé: « Nous ne laisserons pas tomber les malades »

LA VOIX DU NORD – À partir de ce lundi, les urgences se mettent en grève. Car partout, comme au CH Dron de Tourcoing, où nous nous sommes rendus, la tension monte. En cause : les moyens, l’agressivité des patients, la reconnaissance financière et une médecine d’urgence qui ne l’est parfois plus. Dans la foulée, les médecins généralistes ferment leurs cabinets. Le service est moderne, conçu comme une rotonde avec un poste central permettant de meilleures circulations tant des patients, des accompagnants que des soignants sauf que s’il n’y a pas de places dans les étages, les brancards stationnement dans les couloirs…

À Tourcoing, les 90 personnels (médical et paramédical) sont bien conscients que dans d’autres services de France la situation est encore plus grave mais certains indicateurs y sont pourtant au rouge. Comme une augmentation du turnover des soignants qui sont très vite épuisés par la tâche. « Cela touche surtout le paramédical. Ils sont très vite éprouvés par l’activité, car ils ne sont pas préparés à ça durant leurs études. Ils ne sont pas formés à l’agressivité des patients. » De fait, le service « bénéficie » de la présence d’un agent de sécurité. « Un comble pour un lieu où on a la mission de soigner ! », constate le docteur Moussouni, chef des urgences.
Tous doivent être réactifs, gérer les flux des entrées, des sorties, des admissions dans les services hospitaliers, la pénurie de lits. À Dron, une infirmière est chargée de l’orientation des patients dès leur arrivée. Elle juge de l’urgence. Résultat, cela peut aller de la vraie urgence vitale à moins de trois heures d’attente (Tourcoing est en dessous de la moyenne nationale de 3 h). Paradoxe ? Le service compte moins d’arrêts de travail que les autres services. Probablement lié à un effet d’équipe soudée. Mais pas que…
Après 20 ans de pratique, le docteur Moussouni aime toujours son boulot. « C’est ce qu’est devenue la médecine d’urgence qui ne me plaît plus. Celle qui n’est pas de la vraie urgence. » L’homme reconnaît qu’il lui arrive d’avoir envie de passer par la fenêtre (du rez-de-chaussée quand même) ceux qui n’ont vraiment rien à faire aux urgences.
Il y a ceux qui viennent parce qu’ils n’ont pas accès à la médecine généraliste surchargée, les médecins qui n’organisent pas les hospitalisations directes et la troisième catégorie qu’il appelle ironiquement « la constipation de 23 h ! » « On voit des gens venir pour une constipation ou même une absence de prise de poids d’un bébé. On est en début d’épidémie de bronchiolite avec le risque accru de contamination chez nous ! »
Le praticien lève les yeux au ciel et lâche dans un soupir : « Les urgences sont devenues des dispensaires. » Il y a aussi la poussée de l’agressivité des patients mais surtout des accompagnants. Pas moins de 80 agressions sérieuses durant l’année.
Avec un enseignant, le chef de service a mis en place des cours de krav-maga mais uniquement de self-défense. Tous les personnels des urgences y sont passés. Un bon moyen pour les soignants de se sentir en capacité de réagir face à des situations de danger.
Cette semaine, ils seront en grève, réquisitionnés par le préfet. Les délais d’attente seront multipliés surtout si la grève engagée par les généralistes est un succès.
endireplus@lavoixdunord.fr

A l’appel de l’AMUF (Association des médecins urgentistes de France), une grève commence ce matin dans les urgences. En cause : une revalorisation de la garde et un temps de travail non payé.
– Quelles sont les raisons de cette grève aux urgences qui commence aujourd’hui ?
« Il y a deux points principaux. Tout d’abord, nous demandons la revalorisation de la garde de nuit. Actuellement, elle est de 250 euros net par nuit, nous voulons qu’elle évolue vers 450 euros, comme le tarif de garde des professeurs et chefs de cliniques… Il y a beaucoup d’argent dépensé pour la permanence des soins en ville et on pourrait penser à nous qui sommes le dernier rempart… Mais au fond, cet aspect financier n’est pas le plus important, nous demandons aussi de ne plus travailler à perte. »
– C’est à dire…
« Notre temps de travail s’établit théoriquement à 39 heures + les RTT mais la loi européenne définit un maximum qui est de 48 heures par semaine, ce que nous atteignons régulièrement, sans être payés pour ces neuf heures supplémentaires… Nous travaillons donc pratiquement une semaine gratuite par mois, avec le cumul des heures hebdomadaires entre 39 et 48 heures. Il n’y a pas de reconnaissance de ce travail-là. Sur ce plan, nous ne lâcherons pas »
– Comment va se traduire ce mouvement ?
« Nous n’avons jamais laissé tomber les malades. Ce sera un peu une grève à la japonaise, nous porterons des brassards. Des professionnels pourraient être réquisitionnés… C’est aussi possible qu’il y ait quand même surchauffe dans les services d’urgence, notamment avec la grève des généralistes, mais ce ne sera pas de notre faute. En attendant, nous négocions toujours avec la ministre de la Santé. »
– Mais les urgences doivent évoluer…
« Effectivement, il y a toujours moyen de s’améliorer, sachant qu’on est dans une période de pénurie, avec de nouvelles organisations. Ainsi, par exemple à Armentières, nous essayons de mettre en place une filière courte pour les problèmes plus légers et une lourde d’hospitalisation pour les cas plus importants. Sachant que le souci est qu’il faut examiner le malade, de toute façon, pour s’apercevoir si c’est important ou pas. Il y a encore du chemin à faire, mais ça avance. » recueilli par BERNARD VIREL

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