Virus Ebola : que réserve l’avenir ?

Virus Ebola : que réserve l’avenir ?

Ces derniers mois, beaucoup de temps et d’énergie ont été consacrés à tenter d’anticiper la progression de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Où sera la prochaine zone critique ? L’épidémie est-elle toujours en plein essor ou commence-t-elle à s’essouffler ? Combien de lits seront nécessaires la semaine prochaine, le mois prochain ou l’année prochaine ?

Les prévisions se sont jusqu’alors révélées peu pertinentes : de meilleures techniques de modélisation font clairement défaut. Research for Health in Humanitarian Crises (R2HC), un organisme de financement basé au Royaume-Uni, finance actuellement deux projets visant à améliorer le pronostic épidémiologique d’Ebola.

« La première chose que nous nous sommes demandée, c’est de savoir si cela répondait aux besoins urgents de la lutte contre Ebola et à la question “Qu’ignorons-nous sur la manière de s’y prendre de manière efficace ?” Nous nous sommes également demandé si cela était susceptible de produire des résultats utiles et dans quel délai ces résultats seraient disponibles », a dit Daniel Davies, le directeur de programme de R2HC, à IRIN.

Suivi des données mobiles

L’un de ces projets de recherche – conduit par une équipe du groupe d’écologie et d’épidémiologie spatiales de l’université d’Oxford – s’intéresse aux données mobiles pour pister les mouvements vers et depuis les régions touchées par Ebola afin d’appréhender la propagation du virus.

Des négociations sont en cours avec les entreprises de télécommunications concernant le type de données qu’elles acceptent de communiquer, mais typiquement dans ce genre de situations, elles fournissent les données relatives au nombre de téléphones portables pour lesquels il a été observé un déplacement d’un point A à un point B lors d’une semaine donnée. Ainsi, lorsque les premiers cas d’Ebola au Libéria se sont déclarés dans le district de Foya, non loin de la frontière avec la Guinée, ce type de données auraient permis de savoir si les habitants de Foya restaient dans leur périmètre habituel ou si l’on observait de brusques mouvements de population entre Foya – une grande ville frontalière et un important centre d’échanges – et la grande ville la plus proche, Voinjama, et entre Foya et la capitale, Monrovia.

« La seule autre façon de s’y prendre serait de se rendre sur place et d’équiper tout le monde d’un GPS, mais ça n’arrivera pas. Le problème avec les données mobiles, c’est qu’elles ont tendance à s’arrêter aux frontières. Pour avoir une idée des mouvements transfrontaliers, nous les complétons donc avec des données de recensement, qui nous donnent une idée des tendances à plus long terme

concernant la manière dont les personnes se déplacent entre pays. Ce n’est pas idéal, mais ce sont les meilleures informations dont nous disposons », a dit Nick Golding, l’un des écologistes du groupe.

La vitesse à laquelle le virus s’est propagé jusqu’à Monrovia a démontré que Foya était effectivement très « connectée ». D’après M. Golding, il deviendra de plus en plus important, et non l’inverse, de prédire le lieu probable de la prochaine flambée à mesure que l’épidémie sera maîtrisée et limitée à des zones isolées en milieu rural.

« Les ressources sont limitées, et nous devons identifier chaque flambée lorsqu’elle survient. Dans le passé, on a maîtrisé Ebola car on a su localiser et gérer des flambées isolées », a-t-il expliqué.

On observe actuellement une flambée épidémique dans le comté de Rivercess, au Libéria, où les routes sont rares et où il est difficile de se déplacer. Les données mobiles devraient permettre de déterminer la probabilité que le virus gagne du terrain vers l’est, ou vers le comté voisin de Grand Gedeh, une région qui n’a enregistré que peu de cas jusqu’à présent. Cela indiquerait aux équipes médicales où elles risquent de devoir concentrer leurs efforts.

L’équipe d’Oxford espère présenter ses premières conclusions à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’ici trois semaines.

Prédictions erronées

La tâche des modélisateurs mathématiques chargés de prédire la propagation d’Ebola est d’autant plus complexe que les prévisions antérieures se sont révélées erronées, si bien que les personnes travaillant sur le terrain se méfient des chiffres. Mi-octobre, par exemple, l’OMS a prédit qu’en supposant que la situation continue d’évoluer sur la même lancée, il fallait s’attendre à voir 5 000 à 10 000 nouveaux cas par semaine début décembre. Dans son actualisation du 26 novembre, l’OMS ne fait état que de 600 nouveaux cas dans les trois pays les plus affectés. Même en tenant compte des cas non signalés, les Centres américains de contrôle des maladies (Centres for Disease Control) parviennent à une estimation comprise entre 1 000 et 2 000 cas.

Je ne veux pas discréditer les efforts des modélisateurs, mais ce que nous avons appris de cette épidémie c’est qu’elle est très difficile à prévoir, si bien que nous avons pris très peu de décisions fondées sur ce type de modèles jusqu’à présent Micaela Serafini, directrice médicale de Médecins sans frontières (MSF) Suisse, a dit à IRIN : « Les prévisions antérieures s’appuyaient sur tellement d’hypothèses qu’il était difficile de s’y fier, et MSF a essentiellement travaillé avec les données dont nous disposons en interne. Nous gérons des centres de mise en quarantaine dans quatre pays, ce qui signifie que nous pouvons être extrêmement sensibles au moindre changement si, par exemple, nous constatons une baisse du nombre de cas d’une semaine sur l’autre. Je ne veux pas discréditer les efforts des modélisateurs, mais ce que nous avons appris de cette épidémie c’est qu’elle est très difficile à prévoir, si bien que nous avons pris très peu de décisions fondées sur ce type de modèles jusqu’à présent ».

Un autre projet de recherche financé par R2HC, mené cette fois-ci par une équipe de l’école d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, s’est abstenu de faire ce genre de prédictions risquées, à l’échelle de l’épidémie. L’idée est de produire des modèles aussi proches que possible de la réalité. Le Centre pour la modélisation mathématique des maladies infectieuses travaille avec des statistiques quotidiennes obtenues auprès de centres de traitement situés dans les pays touchés. Le besoin de rester réactifs et flexibles, sans trop se projeter, est mis en avant.

« Nous travaillons en étroite collaboration avec MSF depuis le début », a dit Sebastian Funk, le directeur du centre de modélisation mathématique. « Au départ, il s’agissait de prévoir le nombre de lits dont ils allaient avoir besoin. Ils nous envoyaient les données recueillies sur le terrain et nous les analysions pour eux, et je pense que ça leur a paru utile. »

Le groupe souhaite maintenant réunir les données de nombreux centres de traitement concernant l’âge des patients, la gravité de leurs symptômes, le stade de la maladie auquel ils ont été pris en charge, la durée de leur séjour et le taux de mortalité. Les résultats, disent-ils, pourraient apporter des éléments permettant une meilleure maîtrise de l’infection, de meilleurs régimes thérapeutiques et, potentiellement, laisser entrevoir des changements de comportement au sein des communautés ou une évolution du virus.

Une collaboration avec Save the Children Royaume-Uni est également prévue, afin de les aider à évaluer l’impact de leurs unités de soins communautaires dédiées au virus Ebola, pour déterminer si elles contribuent à contrôler la propagation du virus et si elles supposent une aggravation des risques pour le personnel soignant des unités.

« Ce que nous voulons savoir, c’est comment optimiser la distribution d’un vaccin »

Un autre projet s’intéresse aux questions en lien avec d’éventuels vaccins contre Ebola. « Nous savons par l’OMS quand nous devons nous attendre à ce qu’un vaccin soit disponible et dans quel ordre de quantités, a dit M. Funk. Ce que nous voulons savoir, c’est comment optimiser la répartition de ces doses, si la priorité doit être donnée à certaines régions ou si elles doivent être distribuées de la même manière partout. Mais, bien sûr, rien n’est gravé dans la pierre. Nous devons explorer différents scénarios, car nous ne savons pas quelle sera l’évolution de l’épidémie d’ici à ce qu’un vaccin soit disponible. »

M. Funk et ses collègues espèrent que leurs résultats seront prêts à temps pour fournir des orientations aussitôt que le vaccin sera prêt.

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